J’ai terminé “Le Bibliothécaire”, et rassurez-vous, je ne vous raconterai pas la fin.
Le narrateur signale ce site où s’expriment les “néo-cons” (néo-conservateurs) américains:
http://www.newamericancentury.org/
et ce n’est plus de la fiction romanesque, c’est la réalité !!
“l’hégémonie américaine est bonne pour l’Amérique et pour le monde !!”
et cet article écrit en septembre 2000 :
http://www.newamericancentury.org/RebuildingAmericasDefenses.pdf avec des signataires comme Paul Wolfowitz, Lewis Libby, etc.. en clair, pas des seconds
couteaux, des acteurs de premier rang de la politique de Georges W. Bush.
et à la page 63 :
Further, the process of transformation even if it brings revolutionary change, is likely to be a long one,
absent some catastrophic and catalyzing event – like a new Pearl Harbor.
Je n’ai pas trouvé si l’Institut octavien” est une création de l’auteur, ou si ce nom cache un “Think tank” bien réel, mais j’ai été marqué par ce dialogue (pages 253 et suivantes de l’édition Gallimard, mes notes personnelles sont en fin de texte) :
La déclaration la plus inquiétante de l’essai intitulé « Reconstruction des défenses américaines» est la suivante:
« ce processus de transformation, même s’il provoque des changements révolutionnaires, risque de prendre du temps, sauf événement catastrophique tel qu’un nouveau Pearl Harbor[i], qui jouerait le rôle de catalyseur. »
Ce fragment de phrase avait inspiré à son tour plusieurs essais aux chercheurs de l’Institut octavien[ii], dont deux qui me paraissaient particulièrement importants. De nombreux auteurs avaient participé à l’élaboration de ces deux essais — des auteurs issus de disciplines variées, histoire, anthropologie, médiologie, statistiques, études militaires et ainsi de suite. Ils étaient rédigés, pour l’essentiel, dans un style très universitaire; ils comprenaient des tableaux et des graphiques, ainsi que des projections mathématiques fort complexes. Pour autant que je m’en rende compte, aucun de ces deux articles n’avait été publié.
Le premier s’intitulait «Avec ou sans crise? »
Les auteurs citaient divers penseurs, à commencer par Platon, qui avaient jugé les démocraties «dangereusement instables » exposées à une «grande variété d’événements incontrôlables» et «indignes de confiance ». Les périodes de puissance, dans une démocratie, doivent être considérées comme temporaires et fugaces, et tout changement significatif doit donc être institué aussi rapidement et aussi intégralement que possible.
Selon cette théorie, un lent «processus de transformation» est une stratégie à haut risque, tandis qu’un «nouveau Pearl Harbor» représenterait la solution la plus sûre.
Si ce texte avait été distribué, était parvenu jusqu’aux échelons les plus élevés du gouvernement de Scott et y avait été jugé convaincant, cela voulait dire qu’au cours des onze mois qui s’étaient écoulés entre l’élection de ce président et le il septembre 2001, les États-Unis avaient été une nation en quête de crise, une nation en attente d’un «nouveau Pearl Harbor ».
Si l’on accepte la thèse de ce premier essai, la question posée dans le second coule de source. Ce second essai était intitulé « Préparation active/passive »
Les auteurs commençaient par spéculer sur les types de catastrophes auxquelles le pays risquait d’être confronté, depuis les cataclysmes naturels et autres désastres écologiques jusqu’à la guerre et au terrorisme, en passant par les débâcles financières. En conclusion, le terrorisme représentait à la fois la plus plausible de ces menaces et le domaine susceptible d’être «le mieux exploité. ».
Une fois déterminés la nécessité d’une crise et le type de crise le plus souhaitable, la seule question qui se posait encore était de savoir comment produire ladite crise.
Les possibilités, comme l’indiquait le titre de l’essai, se répartissaient en deux catégories : Préparation active et Préparation passive. Dans le premier cas, le gouvernement déclencherait lui-même la crise. Un agent fédéral en burnous flottant se chargerait d’aller faire sauter un avion et laisserait derrière lui un passeport du Moyen-Orient qui serait trouvé par d’autres agents fédéraux. Préparation passive, en revanche, cela voulait dire que le gouvernement attendrait l’attentat sans intervenir, en se tenant prêt à l’exploiter dès qu’il se serait produit.
L’avantage d’une Préparation active à l’événement était que le timing, la durée et le niveau des dommages pouvaient être contrôlés; l’inconvénient, c’était qu’un attentat préfabriqué risquait non seulement de ne pas avoir l’authenticité d’un vrai, mais encore de mener à la découverte d’un document compromettant pour le gouvernement, tel que communiqué, courriel, appel téléphonique, ou même le témoignage d’un traître.
Le principal risque d’une Préparation passive, c’était qu’il fallait faire confiance aux terroristes pour agir de manière opportune et spectaculaire.
La majeure partie de l’essai était consacrée à l’examen de cette question.
Il faisait l’historique des attentats terroristes, et citait des renseignements bruts fournis par les services secrets, ainsi que des évaluations de ces renseignements — tous documents sans doute classés secrets d’État, mais auxquels les Octaviens avaient accès. Ensuite, les auteurs s’efforçaient de prévoir ce que les terroristes pourraient tenter de faire à l’avenir.
Enfin, ils suggéraient des mesures à prendre pour encourager les terroristes à agir… et pour assurer leur réussite.
Je me suis levé brusquement et j ‘ai commencé à arpenter le salon de Susie, en débloquant à voix haute.
Susie a jailli de sa cuisine.
— Qu’est-ce qu’il y a? Qu’est-ce qu’il y a?
—Je suis cinglé, j’ai fait.
— Quoi? Quoi?
— Écoute, j’étais en train de lire un truc… Je viens de basculer dans le monde de l’Unabomber, là où les pistes les plus insensées convergent. Il y a une grande conspiration et ils sont tous dans le coup, ils sont tous dans le coup — ils sont tous dans le coup!
— David, du calme, du calme, explique-moi.
— Regarde ces papiers!
Je les ai poussés vers elle en vrac.
— Ces types, j’ai bredouillé en marchant de long en large, ces types qui sont avec Scott… Ils veulent un nouvel empire romain, Ils ne voient rien de mal à ça. Leur seul problème avec cette idée, c’est de réussir à la vendre au public. Eh bien, ils ont décidé que le meilleur moyen, ce serait encore d’avoir un nouveau Pearl Harbor. Tu me suis?
—Je te suis.
— Non, tu ne piges pas.
J’ai respiré à fond.
— Ce que je viens de dire jusqu’ici, c’est de notoriété publique. Putain, ils affichent ça sur le Net, ce n’est pas plus secret que Mein Kampf ne l’était à l’époque. Mais ces mecs, là…
Je voulais parler de l’Institut octavien. J’ai tapoté du doigt les paperasses qui se trouvaient maintenant entre les mains de Susie.
— .. Ces mecs sont passés à la vitesse supérieure. Ils sont tous tombés d’accord qu’il nous fallait un nouveau Pearl Harbor. La seule question qu’ils se posent, c’est: Est-ce qu’on lâche la bombe nous-mêmes, ou bien est-ce qu’on reste sur la touche pour laisser les terroristes marquer un but ?
Même moi, je trouvais que j’avais l’air complètement hystérique.
— Regarde-moi ça! La putain de page dix-sept! Il y a deux modèles statistiques. Le premier, c’est: quelles sont les chances pour que des terroristes fassent une nouvelle tentative au World Trade Center? Le deuxième modèle, c’est… c’est… quelles sont leurs chances de réussite, si la CIA et le FBI les laissent faire ? S’ils les laissent simplement faire, sans essayer de les arrêter…
— Mais comment est-ce que…
Susie s’est interrompue avant de reprendre d’une voix apaisante, pour son propre bénéfice comme pour le mien:
— D’accord, du calme, David, du calme. Écoute, je veux bien que les agents fédéraux ne soient pas comme à la télé, des espèces de super-flics, mais enfin, il y a quand même des gens corrects chez eux, vraiment. Mon frère est dans les services secrets de la marine, et je trouve souvent que c est un sale con, mais quand il s’agit de protéger les États-Unis…
Elle a placé sa main sur son coeur, comme pour le serment au drapeau.
— et tout ça, il est loyal, sérieusement, totalement loyal, et ça ne lui viendrait jamais à l’idée de fermer les yeux. Et il y en a des tas comme lui.
— Quais, ouais, bien sûr, j’ai admis. Mais les autres ont les réponses. Un des chercheurs qui a pondu ce truc, c’est un enculé d’anthropologue spécialisé dans les «cultures bureaucratiques contemporaines ». Son analyse, avec ces modèles mathématiques informatisés, c’est que si le chef de l’organisation déclare que l’objectif d’hier n’est plus prioritaire aujourd’hui, et que tel ou tel nouvel objectif est devenu la principale priorité, eh bien, les cadres moyens, les lécheurs de bottes, les collectionneurs d’étoiles d’or[1], les types inquiets pour leur retraite, ils écarteront de leur chemin tout ce qui pourrait concerner cet objectif périmé. Un agent de base comme ton frère réagira peut-être encore, mais les cadres moyens enterreront tout ce qu’il pourra leur transmettre. Ils ne le montreront jamais au grand patron, parce que c est comme ça que fonctionne la culture d’entreprise.
— Je ne comprends pas. Je ne comprends vraiment pas.
— Le gouvernement précédent avait fait du terrorisme une priorité. Ils ont arrêté toutes les attaques lancées sur le territoire des États-Unis. Il y en a eu une tapée, regarde, il y a une liste là-dedans. Les mecs voulaient faire sauter des ponts et des tunnels, voler des avions. Les terroristes ont eu un certain succès en Afrique et au Moyen-Orient, mais que dalle ici, rien sur le sol américain, d’accord?
— Quais, d’accord. Tu sais que tu cries?
— Oui, je crie, bordel! Dans ce texte, il est écrit noir sur blanc que tout ce que Scott avait à faire, c’était ne pas intervenir, simplement ne pas intervenir, et il était inévitable qu’un attentat terroriste majeur se produise. Quand il se produirait, ils pourraient enfin rénover cette démocratie libérale, cette démocratie ramollie et ringarde, qui croit encore à l’indépendance du droit, et même du droit international. Ils pourraient envoyer les légions, et inaugurer le Véritable Empire Américain!
— Et alors?
— Et alors… C’est ce qu’ils ont fait. C’est ce qu’ils ont fait.
Susie m’a regardé. Elle avait fini par comprendre. Par admettre que ce n’était pas un simple travail universitaire. Qu’il s’agissait d’une feuille de route pour les trois années de politique et de guerre qui venaient de s’écouler. L’existence d’une telle toile d’araignée était épouvantable, cela paraissait impossible. C’était une pensée intenable, insoutenable — impensable. (…) Et moi, pendant ce temps-là, je sentais que je perdais la tête, que je perdais totalement le contrôle de mes pensées.
Ainsi que l’usage de la parole.
Est-ce que c’était possible ? Une chose était de juger que le gouvernement avait simplement pris de mauvaises décisions ; une autre, d’imaginer que ces mauvaises décisions aient pu être prises délibérément. Ces essais avaient-ils seulement été lus par des gens fréquentant les allées du pouvoir?
[1] L’étoile d’or indique qu’un membre du groupe auquel on appartient (famille ou organisation) a été tué à la guerre alors qu’il servait dans les forces armées.
[i] L’attaque japonaise sur Pearl Harbor, sans déclaration de guerre, fut le facteur déclenchant de l’entrée en guerre des Etats-Unis contre le Japon et l’Allemagne nazie. Elle neutralisa les objections des pacifistes et isolationnistes états-uniens, à tel point que certains historiens avancèrent l’hypothèse que Franklin D. Roosevelt avait été informé des projets japonais et avait laissé faire.
Sans aller jusqu’à cette hypothèse, il est certain que le blocus pétrolier américain à l’égard du Japon (qui menait une guerre d’agression particulièrement sauvage en Chine puis dans le reste de l’Asie) pouvait entraîner une attaque de la part de ce dernier.
[ii] Je suis incapable de dire si ce nom cache un institut réel. Merci à qui peut m’aider.
Thierry Meissan a lancé des hypothèses difficilement crédibles pour expliquer comment les attentats du 11 septembre ont pu avoir lieu.
Point n’est besoin de croire à un complot actif, l’hypothèse de Beinhart expliquerait pourquoi aucun des signaux d’alerte sur l’imminence d’attentats n’a été exploité.






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