Dimanche 4 décembre 2011
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J'ai reçu cette vidéo avec ce commentaire :
Lisez et regardez ce qu’il s'est passé dernièrement à l'Opéra de Rome : Silvio Berlusconi contesté par
Giuseppe Verdi
Le 12 mars dernier, Silvio Berlusconi a dû faire face à la réalité. L' Italie fêtait le 150ème
anniversaire de sa création et à cette occasion fut donnée, à l¹opéra de Rome, une représentation de l¹opéra le plus symbolique de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi,
dirigé par Riccardo Muti.
Nabucco de Verdi est une oeuvre autant musicale que politique : elle évoque l'épisode de l'esclavage des
juifs à Babylone, et le fameux chant « Va pensiero » est celui du Choeur des esclaves opprimés. En Italie, ce chant est le symbole de la quête de liberté du peuple, qui dans les
années 1840 - époque où l'opéra fut écrit - était opprimé par l'empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu'à la création de l¹Italie unifiée.
Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour prononcer un
discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture du gouvernement. Et ce, alors qu¹Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi. Cette
intervention politique, dans un moment culturel des plus symboliques pour l¹Italie, allait produire un effet inattendu, d¹autant plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait
à la représentation (j 'aurais bien aimé voir sa tête pendant les déclarations du chef d'orchestre, Riccardo Muti...)
Dans le Times, Riccardo Muti, le chef d'orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution
: « Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l¹opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va
Pensiero, j¹ai immédiatement senti que l¹atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c¹est le
silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait démarrer, le silence s¹est rempli d¹une véritable ferveur. On pouvait sentir la
réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».
Alors que le Choeur arrivait à sa fin, dans le public certains s¹écriaient déjà : « Bis ! » Le public
commençait à crier « Vive l¹Italie ! » et « Vive Verdi ! »
Des gens du poulailler (places tout en haut de l¹opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de
messages patriotiques certains demandant « Muti, sénateur à vie ».
Bien qu¹il l¹eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le « bis »
pour le Va pensiero. Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire simplement jouer un bis. Il fallait qu¹il y ait une intention particulière. »,
raconte-t-il.
Mais le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans un geste théâtral, le chef
d¹orchestre s¹est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M. Berlusconi, et voilà ce qui s'est produit : [Après que les appels pour un "bis" du "Va
Pensiero" se soient tus, on entend dans le public : "Longue vie à l'Italie !"] Le chef d'orchestre Riccardo Muti : Oui, je suis d'accord avec ça, "Longue vie à l'Italie" mais...
[applaudissements]
Muti : "Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le
monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je
ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture
sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue". [Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur
scène]
Muti : "Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues
années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théatre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté
magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble."
C¹est alors qu¹il invita le public à chanter avec le Choeur des esclaves. « J¹ai vu des groupes de gens
se lever. Tout l¹opéra de Rome s¹est levé. Et le Choeur s¹est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l¹opéra. »
« Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre
de la capitale à l¹attention des politiciens.
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