Avec quelques jours de retard, ce texte intéressant :
Une mise au point des Jeunesses communistes
Nancy porte en plusieurs endroits les traces d’une bataille qui eut lieu sous ses murs le
5 janvier 1477. Le lieu le plus célèbre est, bien sûr, la place de la Croix de Bourgogne. C’est d’ailleurs en ce lieu que quelques soi-disant nostalgiques célèbrent ce haut fait. Cependant de
quelle nostalgie s’agit-il ? De la gloire d’une Lorraine passée ? Pas du tout ! Il ne s’agit que d’une poignée de crânes rasés plus proches des idées d’extrême droite que des idéaux de liberté
défendus par les Lorrains qui sont morts lors de cette bataille. Mais perdue dans son marasme idéologique, l’extrême droite ne sait plus à quelle référence historique se raccrocher depuis que ses
ancêtres se sont acoquinés avec le fascisme.
Revenons à la Bataille de Nancy. Pour comprendre cet évènement, il faut en revenir au
contexte historique. A cette époque, en France, règne Louis XI. Il est aux prises avec son puissant voisin, le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. La Bourgogne d’alors ne comprend pas
seulement ce qui deviendra la région actuelle de Bourgogne. Non, le Téméraire règne aussi sur la Franche-Comté et les Flandres c’est-à-dire, pour cette dernière région, une zone allant
d’Amsterdam à Luxembourg et de Boulogne à Liège. Il est donc facile de comprendre que l'État bourguignon, dirigé depuis 1467 par le duc Charles, est alors une des premières puissances d’Europe.
Mais cet Etat est coupé en deux par une principauté de taille moyenne : le duché de Lorraine.
Depuis 1473, le duc de Lorraine est René II, petit-fils du roi René Ier d’Anjou et fils
du duc de Lorraine Ferry II de Vaudémont. La situation de son duché est assez précaire. Le Téméraire n’a qu’un rêve en tête : recréer l’ancien royaume de Lotharingie. Entre le royaume de France
et le Saint-Empire Romain Germanique, il y a la place pour une nouvelle puissance comme au temps du traité de Verdun qui, en 843, avait partagé l’ancien empire de Charlemagne entre les trois fils
de l’empereur Louis le Pieux. C’est ce rêve un peu fou qui va se briser sous les murs de Nancy en 1477.
Dès le début de son règne, Charles le Téméraire entreprend de bâtir son futur royaume. Il
prend possession de terres en Haute-Alsace (du côté de Mulhouse) et du duché de Gueldre (dans les actuels Pays-Bas). Il signe ensuite le traité de Trèves avec René II. Ce traité est très
défavorable pour la Lorraine puisque son puissant voisin installe des garnisons dans plusieurs villes du duché dont Epinal. Ne pouvant se tourner vers Louis XI qui vient de signer un autre traité
avec le Téméraire, René II est pris dans les filets de ce piège diplomatique tandis que le roi de France s’apprête à jouer habilement un double jeu qui le rendra célèbre. Mais la population
lorraine, farouchement indépendante, accepte mal la présence de troupes étrangères sur son sol.
Le duc de Lorraine signe alors des traités avec les ennemis du Téméraire : Louis XI (qui
rompt ainsi ses engagements précédents), les villes de Haute-Alsace et la confédération helvétique. En 1475, René II déclare la guerre au duc de Bourgogne mais Louis XI n’aide pas la Lorraine et
signe un traité avec la Bourgogne. A l’automne, la Lorraine est envahie et Nancy est prise le 24 novembre 1475. Le Téméraire se fait proclamer duc de Lorraine, il nomme une nouvelle
administration. Le royaume de Lotharingie est reformé avec Nancy pour capitale. Au début de 1476, il se tourne vers les cantons suisses.
Le destin du Téméraire est en marche. Le 22 juin 1476, à Morat, en Suisse, les armées
bourguignonnes sont battues. Charles le Téméraire doit reculer pour la première fois. Il se replie sur Dijon. A l’annonce de cette défaite tant attendue, la Lorraine se révolte et chasse les
garnisons de la Bourgogne. A la fin de l’été 1476, le Téméraire a perdu tout le duché de Lorraine qui recouvre son indépendance. René II reprend Nancy le 7 octobre 1476 après la reddition des
troupes anglaises commandées par Jean de Rubempré qui défendaient la ville pour le compte du duc de Bourgogne.
C’est à la tête d’une armée immense de dix mille hommes que Charles le Téméraire se met
en route à l’automne 1476. Près de Toul, il fait la jonction avec les troupes du condottiere Campobasso. René II ne peut les arrêter et doit se replier sur Saint-Nicolas de Port. Les Lorrains
sont aidés par les célèbres piquiers suisses recrutés comme mercenaires. A partir de fin octobre 1476, Nancy est assiégée bien que les commandants bourguignons préconisent d’attaquer
Pont-à-Mousson et Metz préalablement.
Charles le Téméraire s’installe sur les lieux de la commanderie Saint-Jean, au niveau de l’actuelle place de la Commanderie. Des partisans lorrains harcèlent l’armée
bourguignonne, l’hiver est rude et, le 31 décembre 1476, Campobasso trahit le Téméraire et fuit avec son armée. Dans Nancy assiégé, la situation est dramatique. La population souffre du froid et
de la faim. On mange les chevaux puis les chiens mais quand cette viande vient à manquer, on mange les rats.
Le destin du Téméraire va se sceller très rapidement. C’est une lutte à mort qui est
engagée. Pourtant, cette fois, le rapport de force n’est plus en faveur des Bourguignons qui sont fatigués, démoralisés (les désertions sont multiples) et affamés. Si la situation physique n’est
guère plus brillante pour les Lorrains, ils se battent pour leur indépendance, pour leur liberté et comme tous les peuples, à toutes les époques, lorsqu’il faut se battre pour sa liberté, les
forces en sont décuplées.
Venant de Saint-Nicolas de Port, les troupes de René II vont forcer le siège de Nancy
dans les premiers jours de janvier 1477. Le dimanche 5 janvier 1477, à l’aube, René II quitte Saint-Nicolas. Une neige dense recouvre la Lorraine. Ses hommes ont peint sur leurs armures, leurs
écus, une croix de Lorraine, cette croix à deux branches devenue fameuse, afin de se reconnaître dans la mêlée à venir.
Prises de flanc, les troupes du Téméraire se débande rapidement. Les fuyards sont
massacrés par Campobasso qui, resté en Lorraine, a trahi son camp et tient le pont de Bouxières. Les piquiers suisses et lorrains éliminent la cavalerie bourguignonne. C’est la fin de la tactique
médiévale où primait le rôle du cavalier. Durant la bataille, Charles le Téméraire est tué. Son rêve s’effondre.
Ce n’est que le lendemain que le corps du puissant duc de Bourgogne est retrouvé, place
de la Croix de Bourgogne. A moitié dévoré par les loups, enfoncé dans la glace des marécages comme le montre le tableau de Feyen-Perrin qui est au musée des Beaux-Arts de Nancy, le corps est
méconnaissable. Il est enterré dans la collégiale Saint-Georges, il sera apporté quelques années après dans sa capitale, Dijon, où il est encore possible de voir son gisant. Avant son premier
enterrement, le corps du Téméraire est entreposé en Ville vielle où un dallage indiquant 1477 signale encore la maison.
A la suite de la mort du Téméraire, ses Etats sont démembrés. Louis XI s’empare de la
Bourgogne, de la Picardie, de l’Artois et des Flandres au détriment de Marie de Bourgogne qui en appelle à son fiancé, Maximilien de Habsbourg, le fils de l’empereur qui prend la Franche-Comté
puis, après plusieurs batailles, l’Artois et les Flandres.
La bataille de Nancy marque, pour la Lorraine, la fin du Moyen Age et l’entrée dans les
Temps Modernes. C’est une date charnière. Alors oui, nous pouvons et nous devons nous en souvenir. Nous pouvons même la célébrer car alors c’est la liberté que nous célébrons. Le 5 janvier 1477 a
longtemps été (jusqu’à la fin de l’indépendance du duché de Lorraine) en quelque sorte la fête nationale de la Lorraine. Une chose est sûre, cependant, rien dans cette histoire ne légitime une
poignée de fascistes prompte à se draper dans le bleu-blanc-rouge et à accaparer les mythes d’une région car ceux-ci n’appartiennent qu’à son peuple. Et lorsque celui-ci se souvient d'une
bataille pour sa liberté, les fascistes le trahissent, hier comme aujourd’hui.
Mouvement Jeunes Communistes de France
section de Nancy
Mon avis personnel :
L'armée de René II, ce sont des mercenaires suisses payés avec l'argent du
roi de France Louis XI, le vrai vainqueur.
L'État moderne l'emporte sur les derniers chefs féodaux.
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