Mardi 5 juillet 2011
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L'affaire Dreyfus et la laïcité : quel méli-mélo !
Dans un blog sélectionné par le Nouvel'Obs, l'auteure, Marion Moureaux, écrit, sous ce titre :
« L’Affaire Dreyfus ne doit pas être un symbole de toutes les injustices »
Condamné, à tort, dans un climat d’antisémitisme, son innocence et sa réhabilitation vont conduire pour la première fois à
l’inscription du principe de laïcité dans la loi en
1905. Désormais, la neutralité de la puissance publique en matière religieuse sera de mise
Et ensuite, à propos de l'affaire Omar Raddad.
Avec la sortie du film de
Roschdy Zem et la procédure de révision en cours de
demandepour son procès, Omar Raddad est constamment comparé à Alfred Dreyfus. Son origine ethnique et sa religion sont montrées du doigt comme ayant favorisé
son incarcération, bafouant ainsi les principes laïcs de la justice française. Pourtant, là aussi l’affaire ne se résume pas à cette allégation, mais repose sur un faisceau de faits, de
présomptions et d’étapes de l’enquête, menées correctement ou non et qui ont conduit le jeune jardinier devant les assises des Alpes-Maritimes en février 1994.
Tirer à boulets chargés contre le principe de laïcité et se servir de Dreyfus comme d’un symbole réutilisable pour chaque
injustice reflète aujourd’hui un mal contemporain : celui de ne plus savoir comment parler, au sein de la sphère publique, des religions et des croyances.
Si l'auteur avait pris la peine de lire la loi de 1905, en
suivant le lien qu'elle a inséré dans son texte, elle aurait vu que les mots laïque, laïcité ne s'y trouvent pas.
Si elle avait un peu étudié l'histoire de l'antisémitisme au XIXème siècle, elle aurait appris que l'antijudaïsme chrétien avait été relayé par un antisémitisme
dont les prétextes n'avaient rien à voir avec la religion : les juifs étaient accusés d'être des exploiteurs, des financiers sans scrupules, des espions allemands, des traîtres à la France,
de ne pas avoir le « bon sang », on dirait aujourd'hui les bons gênes. Les catholiques participaient à ces campagnes, mais certains athées et laïques, en bons lecteurs de l'article
« juifs » du Dictionnaire philosophique de Voltaire, n'étaient pas en reste.
Quant aux lois laïques, leur motivation première n'était pas la lutte contre l'antisémitisme, mais la lutte contre l'emprise de l'Église catholique sur la société
française et surtout sur l'éducation des enfants, Église accusée de faire le jeu des monarchistes et de la réaction. Il suffit de relire le Syllabus de Pie IX pour constater que c'était
effectivement le cas.
Les républicains veulent une école qui enseigne les principes républicains, et non pas la nostalgie de l'Ancien régime. L'antisémitisme n'a rien à voir avec cela,
et l'affaire Dreyfus encore moins.
Il suffit de relire les débats parlementaires de l'époque : la lutte contre l'antisémitisme n'intervient pas. D'ailleurs, Bernard Lazare, un des premiers
défenseurs du capitaine Dreyfus, critique en 1902 la loi de 1901 sur les associations, au
nom de la liberté de conscience et de la liberté de l'enseignement. Il signale que les antidreyfusards se recrutaient tout aussi bien dans les établissements publics que dans les privés.
Concernant Omar Raddad, il faudra savoir si
les préjugés de certains des magistrats n'ont pas joué un rôle dans la condamnation :
Lors du procès, outre l'absence de preuves qui faisait même conclure l'avocat de la victime à «une vérité que rien ne rend
impossible», l'agressivité du président de la cour, Armand Djian, avait frappé. Quand l'épouse d'Omar Raddad affirmait de son mari qu'il était «incapable de tuer une mouche», ce dernier lui avait
rétorqué: «Oui, mais cela ne l'empêche pas de savoir égorger un mouton.» (Libération.fr 11 mai 1996)
Les personnes qui estiment, à tort ou a raison, qu'Omar Raddad est innocent et que le tribunal n'a pas été impartial à cause de sa religion ne bafouent pas le
principe de laïcité. Au contraire, c'est défendre la laïcité de la République que de s'insurger contre une condamnation motivée par le fait que l'accusé soit juif ou musulman.
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