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Le blog du vieux singe

Peut-on parler de génocide vendéen ?

26 Janvier 2013 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Idées - débats

Éléments du débat : 

 

Article de Slate :

Des députés UMP, dont Lionnel Luca et Alain Marleix, cosignataires d'une proposition de loi avec Marion Maréchal-Le Pen

 

Marion Maréchal-Le Pen, la Droite Populaire et le retour de la contre-révolution (Kévin Boucaud Victoire sur Ragemag)

 

Il faut aborder successivement les points suivants :

La répression de l'insurrection vendéenne peut-elle être qualifiée de génocide, au sens juridique du terme ? Les historiens estiment majoritairement que non, quelles que soient son ampleur et les horreurs qui l'ont accompagnée.

Est-ce à un Parlement de statuer sur ce point ? A priori non. Il est important de ne pas confondre histoire (une discipline scientifique) et mémoire (une reconnaissance politique).

Autant un Parlement est dans son rôle en décidant (à tort ou à raison) que la Nation doit rendre hommage aux insurgés vendéens, aux Communards, ou à leurs adversaires, autant ce n'est pas à lui de décider si tel ou tel fait historique est avéré ou non, ou comment il doit être qualifié.

C'est normalement aux historiens professionnels ou aux tribunaux de le faire.

Voilà quels sont les principes généraux. Passons maintenant à deux cas particuliers :


La loi "Gayssot"

Elle pénalise la contestation du judéocide nazi. Certains historiens, comme par exemple Pierre Vidal-Naquet, peu suspects de complaisance pour le nazisme, l'antisémitisme et le négationnisme, ont estimé qu'elle était contre-productive. C'est possible, mais il faut signaler deux points :

Les négationnistes ne sont pas des historiens, leur méthode n'est pas scientifique. Appliquée à d'autres cas, elle pourrait à affirmer que Napoléon n'a pas existé. Il s'agit le plus souvent d'une réhabilitation sournoise du national-socialisme.

Les crimes nazis ont été reconnus par un tribunal internationale, après un procès contradictoire.


Le génocide arménien.

2961711775_a6c4cc801b.jpgAutant le Parlement français peut à bon droit intégrer la mémoire arménienne dans la mémoire nationale française, autant il a eu tort de vouloir pénaliser la négation du génocide.

Pour plusieurs raisons :

- Certains des dénégateurs du génocide arménien (Gilles Veinstein, Bernard Lewis) ne nient pas l'existence de massacres, de crimes de guerre, contrairement aux négationnistes. Si Gilles Veinstein peut être considéré comme un "turcophile", ce n'est pas le cas de Bernard Lewis.

- Il y a bien eu condamnation des responsables de certains massacres, par un tribunal ottoman, après la guerre, mais rien de comparable au tribunal de Nuremberg.

- l'opinion publique turque commence à évoluer sur ce sujet, de nombreux intellectuels qu'il faut donner la parole aux historiens et abandonner les réthoriques nationalistes et kémalistes. Le vote du Parlement français était donc totalement contre-productif.

 

J'espère que la proposition de loi de l'extrême-droite ouvrira les yeux de celles et ceux qui répètent "Il faut sanctionner la négation de tous les génocides !!" . Si elle était votée, vous auriez l'air malins, camarades !!

 

Photo : mémorial du génocide de 1915 à Erevan

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