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Mardi 6 juillet 2010 2 06 /07 /Juil /2010 06:53

horslaloi.jpgDans une tribune publiée le 27 juin 2010 dans "Le Monde", Séverine Labat analyse les enjeux mémoriels du film de Rachid Bouchareb : Hors-la-loi.

Elle écrit notamment :

Ce n'est pas la première fois que nous tardons à entreprendre un travail de mémoire, fût-ce à contre-courant d'une histoire officielle magnifiant à loisir le génie français et volontiers donneuse de leçons à l'adresse du reste du monde.

Il en est ainsi allé de l'histoire du régime de Vichy, dont la responsabilité dans la déportation des juifs de France a tardé à être reconnue et prise en compte dans le continuum du récit national.

 

Sa vision est partielle. Je retiens néanmoins la distinction entre mémoire privée et histoire commune, que je qualifierais plutôt de mémoire publique, puisqu'il faut distinguer l'histoire, discipline scientifique, de la mémoire, création humaine plus ou moins volontaire.

Mais l'occultation du colonialisme et de ses méfaits, quand ce n'est pas sa négation, ne doit pas être réduite à l'histoire franco-algérienne.

La mémoire privée des héritiers de l'immigration marocaine, tunisienne, sahélienne, n'est pas celle des Algériens, et ils ont aussi des problèmes dans leur « sentiment d'appartenance » à la nation.

Ces mêmes discordances existent aussi chez les « hexagonaux ». Séverine Labat cite la reconnaissance par la France de ses responsabilités dans le génocide nazi, mais qui rappelle que le « bon roi Saint-Louis » a été le premier à systématiser les persécutions antisémites ?

La mémoire, qui peut être entretenue par des institutions communautaires, des vaincus et des opprimés, n'est pas la mémoire publique, écrite par les vainqueurs. L'histoire de France racontée au Puy du Fou n'est pas celle des manuels de la République.

Dans un autre registre, la mémoire privée (individuelle, familiale et communautaire) alsacienne et dans une moindre mesure mosellane est différente de la mémoire publique. D'où ce sentiment presque général d'être les oubliés de l'histoire, qui explique en partie les scores de l'extrême-droite.

Quant à la mémoire publique algérienne, elle est aussi critiquable que la française, même si elle s'est légèrement améliorée après la destitution de Chadli.

Le colonisateur avait mis « entre parenthèses » la période musulmane, pour se présenter comme l'héritier des Romains et des Berbères chrétiens.

Le pouvoir algérien a fait exactement l'inverse, en faisant commencer l'histoire algérienne à Sidi Oqba ben Nafi.

La période coloniale a elle aussi été partiellement occultée, officiellement, il n'y avait pas de militants nationalistes entre l'émir Abd-el-Kader et le FLN. Hors de ce dernier, point de salut.

Messali Hadj était ignoré, tout comme Ferrat Abbas. Occultées également, les luttes fratricides au sein du FLN.

N'oublions pas que les massacres du 17 octobre 1961 ont été triplement « oubliés de mémoire » :

- par le pouvoir gaulliste, qui voulait effacer les traces de ses forfaits

- par presque toute la gauche, qui se souvient plus des morts de Charonne que de ceux du 17 octobre

- par le nouvel État algérien, pour une raison très simple : la manifestation avait été organisée par la Fédération de France du FLN. Les dirigeants de celle-ci ont été parmi les vaincus de la mini-guerre civile algérienne de 1962.

Pour conclure, l'article de Séverine Labat apporte un éclairage intéressant, mais incomplet.

Par Michel Servet - Publié dans : Idées, débats - Communauté : Membres de Facebook
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