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Le blog du vieux singe

Les masques du racisme anti-blancs (militants du MRAP)

9 Novembre 2012 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #"Racisme anti-blanc"

Sommaire

  • Présentation, p 3 

  

Présentation : Lors du dernier congrès du MRAP, le texte d’orientation présenté par la direction qui allait être élue faisait référence à une notion qui devait être vivement critiquée et contestée par de nombreux participants, celle de racisme anti-Blanc. Le texte d’orientation présenté ayant été déclaré non amendable, le débat fut clos…

 

Pourtant, au sein du MRAP, nous restons toujours nombreux à ne pas désarmer et à vouloir infléchir une orientation que nous jugeons toujours périlleuse. Le concept de racisme anti-Blanc ressemble fort à une imposture et porte en lui nombre de dangers -et par l’exploitation que peut en faire l’extrême droite ou des associations comme l’AGRIF (elles ne manqueront pas de se servir de la référence du MRAP au racisme anti-Blanc pour trouver une justification; une reconnaissance du bien fondé de leur discours), et par la dérive qu’une telle référence porte en elle même, intrinsèquement et dont la direction de notre mouvement ne semble pas avoir pris la mesure, ignorant les soubassements historiques et idéologiques de cette notion, et n’en mesurant pas les conséquences. Dans un contexte politique qui demande un grand sang-froid, complexe et somme toute inédit avec l’irruption sur le devant de la scène de groupes qui suscitent l’incompréhension, voire l’hostilité, revendiquant la reconnaissance de leur histoire et s’organisant selon d’autres modalités, l’équipe dirigeante du MRAP, en reprenant à son compte le concept difficilement maîtrisable de racisme anti-Blanc, n’a t-elle pas en quelque sorte ouvert une boîte de Pandore ? De façon un peu abrupte, a t-elle eu présent à l’esprit que les notions de racisme anti-Blanc et d’anti-France font souvent preuve d’une dangereuse proximité et peuvent connaître de coupables porosités propices à d’inquiétants glissements… 

 

Le texte paru sur le site Rue 89 1, à l’initiative d’intellectuels et de militants attirant l’attention de la direction du MRAP sur sa dérive allait être pour nous, à l’intérieur du MRAP, d’un certain réconfort. Nous nous y retrouvions, nous qui avons quelque difficulté à faire entendre notre différence et nos critiques. Nombre d’entre nous se sont sentis moins isolés et confortés dans la justesse de leur positionnement.

 

Aujourd’hui, le présent dossier, né de l’initiative de militants de divers comités, et aussi modeste qu’il puisse être jugé au regard des enjeux, marque cependant une étape nécessaire pour éviter de céder à une certaine résignation et, dans un premier temps, jouer le rôle de point de ralliement en occupant, au sein du mouvement, un espace précieux, celui de la parole contradictoire, du sérieux de l’argumentation…. En somme donner toute sa place à une forme de contestation, non pas stérile et systématique mais claire et ferme. Et alors qu’il est bien souvent cantonné et circonscrit dans la sphère des instances, rouvrir le débat au plus près des comités et les impliquer au mieux dans une réflexion sur le concept de racisme anti-Blanc qui représente une tendance lourde qui va engager pour longtemps et en profondeur le MRAP, idéologiquement et politiquement, et c’est à eux que ce dossier s’adresse en premier lieu.

 

L’argumentation, compte tenu du rapport de forces, reste notre arme principale, nous n’avons aucune vocation de putschistes, et nous nous savons engagés dans une entreprise à long terme dans laquelle, en dehors de toute logique de groupe, d’appareil, d’impératifs d’équilibre, nous tenons à privilégier le contenu pour convaincre tout en ayant la volonté de peser de façon collective sur les grandes orientations idéologiques. Ainsi l’une des fonctions de ce dossier, qui se doit d’être suivi d’autres initiatives, est bien de favoriser le contenu et d’élargir le champ de réflexion en faisant appel chaque fois que cela sera possible à des compétences extérieures, mais pas seulement, tant il est important que les militants puissent également s’exprimer et échanger librement.

 

Dans les articles présentés dans ce dossier, les origines ou la généalogie du racisme anti-Blanc se trouvent fréquemment invoquées … c’est bien parce que ces données occupent une place centrale pour qui veut analyser et comprendre ce qui se joue en profondeur lorsqu’on utilise cette notion de racisme anti-Blanc.

 

Et pour qui veut saisir les origines du racisme anti-Blanc, un retour sur la période coloniale est absolument inévitable. Le va-et-vient entre le passé et le présent, la situation nationale et internationale, la mise en perspective des enjeux d’aujourd’hui donnent toute son actualité à Racisme anti blanc et gestion sociale : entre diversion et intimidation,  texte du sociologue Saïd Bouamama qui, en compagnie du rappeur Saïdou du groupe ZEP, se retrouve poursuivi par l’AGRIF pour racisme anti-Blanc à propos du livre/CD « Nique la France, Devoir d’insolence » qu’ils ont réalisé conjointement en 2010 en réaction au débat sur l’identité nationale.

 

Dans l’article Le cocorico de l’homme blanc, c’est davantage à la période post-coloniale que se réfère Jean-Luc Gauteropour analyser de façon critique les positions de Pascal Bruckner qui a pris une part active à l’élaboration et à la diffusion des concepts d’anti-occidentalisme et de racisme anti-Blanc, en particulier avec son ouvrage Le sanglot de l’homme blanc qui a connu dès sa parution un succès considérable, influençant largement le public et contribuant de façon certaine aux tentatives de réhabilitation de l’Occident et de sa politique coloniale. Les attaques de Bruckner contre Sartre mais plus particulièrement contre Frantz Fanon rappelées dans ce texte permettent de mieux appréhender le climat de l’époque avec des positionnements politiques et intellectuels qui continuent à toujours à être d’actualité aujourd’hui .

 

« Le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc » c’est par cette citation « tutélaire » de Frantz Fanon que Françoise Vergès fait précéder le titre de son étude Réflexions sur le « racisme anti-Blanc ».   Son interrogation sur qui est Blanc, sur ce qui les construit comme Blancs et ce qu’exprime cette construction de Blanc comme victime est le fil conducteur qui nous amène de façon incontournable à faire retour sur le moment clé de la décolonisation, mais également sur le processus de racialisation qui s’est mis en place dès l’époque où « la traite des Noirs et l’esclavage colonial ont construit une organisation au niveau mondial d’un marché du travail racialisé ». En pointant le « paradoxe entre politiques racialisées et perception de soi comme Français donc étranger au racisme, entre contenu d’un récit national universel et réalités sociales, économiques et culturelles discriminatoires », Françoise Vergès nous invite à nous poser des questions essentielles …dérangeantes pour certains !

 

Après avoir présenté les éléments de la polémique née après l’adoption par le congrès du MRAP du texte faisant référence au racisme anti-Blanc, Alain Gresh, dans le texte Copé, le MRAP et le racisme anti-Blanc déplore que le racisme anti-Blanc ait dépassé les frontières de la droite. Après avoir rappelé, parlant des préjugés à l’égard de l’Autre qu’ « on ne peut les mettre sur le même plan qu’un système organisé d’oppression d’une catégorie de population » il attire fort judicieusement l’attention sur le fait que jamais, du temps de l’Apartheid ou de la lutte des Noirs aux Etats- Unis, le MRAP n’aurait dénoncé le racisme anti-Blanc.

 

L’actualité du racisme anti–Blanc aujourd’hui, c’est par exemple le procès dont est victime Houria Bouteldja poursuivie en appel par le parquet de Toulouse, précisément pour racisme anti-Blanc, après que l’AGRIF a été déboutée de son action en justice en première instance. C’est ce que rappelle entre autres Pierre Tevanian dans son article Les nouveaux souchiens de garde dans lequel il met en évidence la logique qui se dessine derrière la notion de racisme anti-Blanc. Tout en rappelant que « le racisme n’est pas un simple sentiment de haine mais un rapport social de domination », il dénonce le comportement qui vise à « renvoyer dos à dos dominants et dominés » et « cette tendance qu’ont les dominants à expliquer aux dominés qu’ils ont certes raison de se révolter, mais qu’ils doivent le faire d’une manière plus polie, patiente, civilisée ». ..une radicalité que lui reprocheront sans doute les esprits chagrins, mais une radicalité salutaire et qui empêche de penser en rond.

 

Enfin, que cette présentation soit l’occasion de rendre une nouvelle fois hommage à Frantz Fanon dont nous avons commémoré l’année passée le 50°anniversaire de la mort . Dans ce dossier les références à ses ouvrages ont été nombreuses, preuve de l’actualité de l’auteur de Peau noire et Masques blancs et des Damnés de la Terre entre autres ……une invitation à se plonger ou se replonger dans son oeuvre.■

 

Y.M. & A.V.

1 Cité par Alain Gresh dans son article

 

 

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