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Le blog du vieux singe

Le loup sous la peau de l'agneau anti-impérialiste

26 Août 2012 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Extrême-droite

 

J'ai parfois critiqué sur ce blog des textes de l'éditeur du blog « amitié entre les peuples », ainsi que quelques uns des textes qu'il a mis en ligne sur d'autres sites. C'est ainsi qu'il m'a qualifié de « petit prof persécuteur1 »

Cette fois, pour changer, je vais critiquer ceux qui le critiquent.

Le texte en cause est celui-ci :

BZH : Xénophobie contre les britanniques et les français à Langoëlan.

Où il dénonçait des tags appelant à l'expulsion hors de Bretagne des Français et des (Grands)-Bretons.


Des gens2, vraisemblablement proches de ceux qui ont tagué la mairie de Langoëlan, attaquent bille en tête. Le texte est un cocktail d'injures personnelles et de ce qui semble être des analyses politiques :

(il) « ne voit dans l’acquisition agressive de terres bretonnes par la bourgeoisie française ou anglaise aucune espèce de manifestation du colonialisme. »

« Cependant, nul besoin de toujours exercer une pression militaire pour voler des territoires, le seul jeu du capital permet l’expropriation organique des populations au profit des colons étrangers.

Sur le territoire breton la bourgeoisie française acquiert aujourd’hui des terres au détriment des travailleurs bretons, lesquels ne bénéficient pas d’un pouvoir d’achat comparable. Exclus progressivement de la terre de leurs ancêtres, ils sont rejetés toujours plus à l’intérieur des terres. Cette lutte est une manifestation évidente de la prédation française sur notre terre nationale. »

« représentant de labourgeoisie française d’occupationde coloration républicaine-chauvine.

Pour lutter contre l’impérialisme français et ses représentants, pas d’autre solution qu’une lutte implacable. La libération nationale impose l’expropriation des colons étrangers. »


Comme le Canada-Dry, « ça a la couleur de l'anti-impérialisme, ça a le goût de l'anti-impérialisme, mais ce n'est pas de l'anti-impérialisme. »

Les gens qui écrivent cela ne sont pas des militants d'extrême-gauche qui appliquent à la situation bretonne les mêmes modèles qu'en Palestine, ou auparavant en Algérie, etc..

Non, ils viennent du camp d'en face.

Qui sont-ils ?

Breiz Atao est le site de nationalistes bretons très particuliers, et leur nationalisme n'a rien à voir avec celui de Yasser Arafat ou de Ramdane Abane.

Les articles sur le scandale du Libor, les tensions entre Israël et l'Iran, la Bolivie d'Evo Morales, les algues vertes, etc.. ne doivent pas faire illusion.


Ils défendent le peuple breton, mais pas tout le peuple breton, car il faut distinguer l'élite et la plèbe dont il faudra faire le bien malgré elle.

« BREIZHne sera fondée que par une élite de ce genre, animée de cet esprit d’insoumission, d’idéalisme, de volonté et de culte du grand. Les masses bretonnes d’aujourd’hui ont par trop perdu leur mentalité héroïque faisant place à l’honneur et à l’esprit. Pour nous, il ne sera jamais question d’entretenir le mythe populiste de la démocratie où les masses seraient présentées comme dotées d’une volonté propre. Les masses n’ont pas de volonté, elles sont par nature passives et avachies. Nous sommes immunisés contre cette illusion. Ce que veulent les masses ne compte pas car elles ne veulent rien. Ce qui compte, c’est ce que nous voulons nous et ce que nous sommes prêts à faire pour atteindre notre idéal. La plèbe comme à son habitude suivra les maîtres qui se seront montrés tels à travers l’épreuve3. »


Et être breton, pour eux, c'est d'abord et uniquement une question de chromosomes. Ils reprennent la définition d'un militant nationaliste breton, qui avait rejoint les séparatistes à l'époque de l'occupation nazie :

« Le Breton naît où il peut (fils de marin, de fonctionnaire). Il n’en est pas moins breton de naissance si dans ses veines coule le sang riche et ardent de la vieille race bretonne. Un enfant né de parents étrangers, même né en Bretagne, ne peut être considéré comme breton de naissance4. »


Et bien sûr, la culture bretonne et les traditions bretonnes ne peuvent être défendues que par des Bretons « pure race ». Ils dénoncent par exemple comme une provocation le fait que lors de la traditionnelle procession, les reliques de saint Yves aient été portées par un prêtre noir, comme il en a beaucoup maintenant dans les paroisses catholiques : « un allogène » !!!5

On est très loin du FLN algérien qui considérait l'Antillais Franz Fanon comme un militant algérien, et un Algérien militant.


L'attitude du groupe par rapport au christianisme est d'ailleurs contestée, et les lecteurs s'insultent à propos du judaïsme, du sionisme, du christianisme, du néo-paganisme6.


Le site propose aussi des vidéos de conférences de Léon Degrelle, collaborateur belge du nazisme, de Laurent Ozon sur le « communautarisme blanc européen ».

Laurent Ozon, c'était « l'écolo de Marine Le Pen ». Mauvaise pioche, cet écolo-identitaire s'était fait remarquer par un tweet justifiant la tuerie d'Utoya, et elle avait dû s'en séparer7.


6597breizatao.jpgEt Breiz Atao n'aime pas les juifs, au point de reprendre à son compte des extraits de « Mein Kampf ».

« Toute calomnie d’origine juive marque nos combattants d’une cicatrice glorieuse. Celui qu’ils dénigrent le plus, est davantage des nôtres ; celui à qui ils vouent la haine la plus mortelle est notre meilleur ami. Celui qui, le matin, lit un journal juif où il n’est pas calomnié, doit penser que la veille, il a perdu sa journée ; s’il l’avait bien employée, le Juif l’aurait poursuivi, dénigré, calomnié, injurié et sali. Et seul celui qui marche contre cet ennemi mortel de notre peuple et de toute humanité ou civilisation aryenne, a le droit de s’attendre â être en butte aux calomnies et à l’hostilité de cette race. »


Puisqu'on parle des nazis, je ne résiste pas à l'envie de citer ce qu'écrivaient leurs inspirateurs pangermanistes sur les Celtes, et que les militants de la "celtitude" n'ont sûrement pas lu  :


« Les ouvrages allemands sur la Bretagne remplissent des bibliothèques. Sur un point, tous sont d'accord : la Bretagne n'est pas ethniquement française. Torturée sous le joug de Paris, elle doit en être délivrée au plus vite. C'est une tâche humanitaire que doit remplir l'Allemagne.

Cette belle générosité ne l'empêche pas de proclamer, par la bouche de tous ses théoriciens, l'infériorité de la race celte. La thèse la plus brillante sur ce sujet est, à n'en pas douter, celle qui fut développée en 1899 par Driesmans, dans son Histoire de la civilisation expliquée par les instincts de race (Kulturgeschichte der Rasseninstinkt).

Pour Driesmans, les Celtes non seulement sont de race inférieure, mais ont corrompu les Germains en introduisant chez eux le culte de la femme. Louis XIV, ce grand Germain, a donné le mauvais exemple avec ses maîtresses celtiques. Driesmans écrit :

« La politique européenne — du moins dans les trois derniers siècles, depuis que la France avait affirmé sa suprématie — a été dirigée dans les choses essentielles par la race celtique, ou plus exactement par la race irlandaise.

« Les premiers missionnaires chrétiens qui soumirent les Germains à leur joug intellectuel étaient venus d'Irlande et, plus tard, cette île pleine de promesses envoya sur le continent ses belles femmes. Elles entreprirent de tourner la tête à leurs maîtres germaniques, établis sur les trônes européens et dans les postes élevés et influents, soit dans l’État, soit dans la société.

« Si les hommes de la race celtique étaient les musiciens, les comédiens, les jongleurs, les maîtres- des cérémonies, les cuisiniers, les prêtres des peuples supérieurs germaniques, leurs femmes en étaient les courtisanes et les maîtresses. Depuis que la France, avec Louis XIV, était devenue la première Puissance en Europe et donnait le ton pour les mœurs et pour la mode, cette partie du monde était sous la domination de la femme. Or, la femme qui, à Paris, réglait l'usage et les manières distinguées, n'était pas la ménagère franque, mais une fille celtique ; ce n'était pas la reine de France, d'origine germanique, mais la maîtresse celtique du roi. Les femmes allemandes des XVIIe et XVIIIe siècles s'habillaient comme Mme de Maintenon et Mme de Pompadour, de même que leurs maris modelaient leur vie sur celle des gentilshommes français. La femme passa alors au premier rang en Allemagne aussi; l'intérêt se concentra sur elle. Le culte de la femme, la politique de jupons, ces deux phénomènes antigermaniques, apparurent et se propagèrent en pays germanique8. »

Conclusion.

Je ne qualifierai pas les auteurs du site Breiz Atao, les extraits que j'en donne suffisent pour cela. Je voudrais simplement attirer l'attention sur un point :

L'extrême-droite est parfaitement capable d'intégrer dans son discours la défense des peuples autochtones, l'anti-impérialisme, l'écologie. Il faut se méfier de certains discours, etc..

Dans le cas de Breiz Atao, la peau du mouton cache mal les dents du loup. D'autres sont plus malins, et certains s'y sont laissés prendre.


 

6 Commentaires sous http://breizatao.com/?p=9801

8 Jacques Lorraine (Edmond Huntzbuchler) : Les Allemands en France. Paris 1945.

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