Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog du vieux singe

La haine de la religion (Pierre Tevanian)

7 Mars 2013 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Laïcité, #Michel Onfray

La haine de la religion (Pierre Tevanian)

La religion est l’opium du peuple : relisez Marx ! C’est en ces termes qu’au début de l’année 2010, le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) fut renvoyé à ses chères études par un chœur unanime composé, entre autres, d’Aurélie Filippetti, Nadine Morano, Laurent Fabius et Michel Onfray. Le motif ? La candidature, jugée saugrenue, d’une jeune militante du Vaucluse qui avait le mauvais goût d’être musulmane et de porter un foulard. C’est ce sarcastique conseil de lecture que Pierre Tevanian a choisi de prendre au sérieux dans son dernier livre La haine de la religion – et l’expérience se révèle fort instructive. On découvre en chemin qu’il est fort difficile d’enrôler post-mortem l’auteur du Capital dans la cabale éradicatrice des chasseurs de voile, d’Islam ou de religion – et pas davantage Engels, Lénine, Trotsky ou Rosa Luxembourg. On découvre même qu’un des grands apports théoriques et pratiques du mouvement socialiste d’inspiration marxiste au combat progressiste est d’avoir pointé les limites du combat antireligieux issu de la tradition des Lumières et de l’avoir relégué à l’arrière-plan, en le dénonçant comme un écueil, un idéalisme ou une ruse de la bourgeoisie. On découvre que Marx et les marxistes ont même théorisé et pratiqué l’alliance entre « celui qui croit au Ciel et celui qui n’y croit pas ». On réalise enfin la malicieuse actualité de leurs analyses : c’est aujourd’hui l’athéisme et le combat antireligieux, l’irréligion en somme, qui peut être considérée comme l’opium du peuple de gauche.

(...)

Disons pour le moment ceci :

- d’abord qu’il existe effectivement quelques vrais antireligieux qui le sont aussi primairement, bêtement et méchamment face à des chrétiens ou face à des juifs que face à des musulmans ;

- ensuite que ces antireligieux conséquents et non racistes ne sont pas si nombreux que ça ;

- troisièmement, que même si elles ne sont pas racistes, la plupart des haines antireligieuses n’en demeurent pas moins bêtes et méchantes ;

- quatrièmement, qu’une tradition anticatholique qui s’enracine dans une séquence historique de lutte contre un Clergé puissant et étroitement lié à l’appareil d’Etat ne saurait trouver son équivalent contemporain dans une islamophobie dont les premières victimes sont les simples fidèles d’une religion minoritaire ;

- cinquièmement, que même lorsque le fondement d’une posture antireligieuse n’est pas raciste, l’irréligieux pas davantage qu’un autre ne vit en dehors de la société, d’un contexte politique où la religion et l’irréligion sont massivement mobilisés et agencés dans une construction rhétorique raciste dont le nom est islamophobie ;

- que de ce fait le premier réflexe de l’authentique irréligieux, s’il est aussi antiraciste qu’antireligieux, doit être de refuser qu’en son nom soit justifié l’injustifiable (et je parle ici de choses très concrètes : l’injure quotidienne, l’exclusion sociale des femmes voilées, la discrimination, à l’embauche notamment, fondée sur l’appartenance réelle ou supposée à l’islam et plus encore sur la visibilité d’une pratique musulmane) ;

- et enfin que, malheureusement, peu d’antireligieux adoptent cette posture de refus.

(...)

Texte complet

 

 

 

Partager cet article

Commenter cet article