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Le blog du vieux singe

La fin de la modernité juive (Enzo Traverso) commenté par Danielle Bleitrach

22 Février 2013 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Idées - débats

J'ai signalé la parution de cet ouvrage.

 

Je signale, pour ouvrir le débat, l'analyse qu'en fait Danielle Bleitrach sur son blog, dont je reproduit la conclusion :

 

 

Cette lecture roborative d’Enzo Traverso donne indéniablement corps à la réalité du judaïsme contemporain et à la fin de la modernité intellectuelle juive, à la bande de ploucs qui nous rejouent inlassablement les charmes du sentier… Et qui sont devenus bigots, oppressifs et racistes…

Pourtant je ne puis y adhérer  et ce pour deux raisons.

La première est que l’antisémitisme n’a pas disparu même si effectivement l’anti-islamisme paraît avoir pris sa place, les deux ne s’excluent pas mais s’auto-entretiennent. jamais le capitalisme sénile n’a eu autant besoin de bigoterie, de haines raciales, jamais l’antisémitisme n’est devenu à ce point le socialisme des imbéciles… Même les communistes ont tout oublié de Marx, ils ne connaissent plus que les méfaits « de la finance »…

De surcroît il ne s’agit pas seulement de la disparition de la modernité juive et de la pensée contre toutes les orthodoxies, de ces pensées « nomades » révolutionnaires mais bien de l’extension de tous les conservatismes et recherches identitaires, ce qui arrive au judaïsme, cet étouffoir ne lui est pas spécifique. Il suffit de considérer le mal qui atteint d’autres civilisations- religions qu’il s’agisse de l’Islam, du christianisme, du bouddhisme, de l’indhouisme…

Ce qui est bien réel et cela le sens du négationnisme, cette manière absurde de traquer cette modernité juive révolutionnaire, c’est une forme beaucoup plus générale de contre-révolution.Encore faut-il comprendre en quoi consiste cette contre-révolution. Il y a toujours eu dans la modernité juive et Freud en est l’exemple un mélange d’adhésion au conservatisme bourgeois se combinant  avec une capacité à penser a contrario des idées reçues. Les révolutionnaires juifs ont joué un rôle historique fondamental mais ils étaient minoritaires, donc parler d’un tournant conservateur est à la fois juste et erroné. Les thèses de Judith Butler concernant le refus d’une adhésion à la politique d’un Etat aussi oppressif qu’israêl témoignent de la vivacité d’une pensée contre et de ce point de vue il y a des forces dans le judaïsme comme il en existe dans d’autres aires de civilisation.

Le véritable problème est celui du triomphe d’une classe capitaliste sans véritable force contrerévolutionnaire comme elle pouvait exister dans les années trente en Europe et dans le monde. L’extension des fascismes et leur imposition idéologique face aux revendications populaires. C’est cette situation dans laquelle il faut analyser la manière dont les juifs, français en particulier, sont en train de devenir des piliers du conservatisme et de la droite, voir de l’extrême-droite.

La thèse d’Enzo Traverso paraît séduisante mais en fait elle fait la part belle à une specifité juive éternels parias dont dépendrait un quelconque génie et elle rejoint justement celle de certains visionnaires à la Finkelkraut, voir celle d’antisémites pour qui le judéo-bolchevisme est à l’origine de tout du stalinisme au capitalisme limité à Wall Street, créateurs des illuminati et de la deuxième guerre mondiale, le tout selon la logique du protocole des sages de Sion. Ceux-là ont besoin de l’identification du judaïsme à Israël et de ne pas laisser le moindre espace pour la pensée critique, il leur faut aller jusqu’à utiliser la Shoah.

C’est vrai qu’il y a aujourd’hui une bonne proportion de cons de droite parmi les inconditionnels d’Israël, et que sous prétexte qu’il y a eu un Einstein, on devrait se payer les délires du CRIF mais partir d’une fausse vraie mauvaise idée sur le génie de l’éternel paria n’aidera pas à améliorer la situation.

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