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Dimanche 25 avril 2010 7 25 /04 /Avr /2010 18:00

J'avais signalé la parution de son livre, que j'ai lu depuis et qui est intéressant mais touffu. vous pouvez en savoir plus sur sa communauté à cette adresse.

Elle a aujourd'hui des problèmes apparemment administratifs mais qui menacent sa survie.

 

COMMUNIQUE DE PRESSE
Un Vendredi d’Avril

Le 10 février 2010, le Ministre de l’Agriculture Syrien a aboli la Zone Protégée environnementale, culturelle et religieuse de la Vallée du Monastère de Mar Moussa el-Habachi. Depuis, je m’efforce de rencontrer les autorités pour essayer de comprendre quelle serait la vraie raison de cette décision.

Je reviens le vendredi en fin d’après-midi. Tout au long des 15 km de la route du monastère, je croise les voitures bourrées d’enfants qui redescendent. Les motards font à leur guise pour attirer le regard des filles, des familles sont chargées sur des tracteurs, il y en a même qui reviennent de pique-nique en poids lourd, sans compter les nombreux microbus appelés par cellulaire pour récupérer ceux qui n’ont pas de moyen de transport. Cet étonnant spectacle continue jusqu’au parking où restent encore des dizaines de voitures et des groupes de gens à boire du maté. Les feux du méchoui désormais en braise charment la nuit tombante. Certains jurent avoir compté 250 véhicules aux abords du monastère.

Un vendredi d’avril. Des centaines d’étrangers nous visitent ces temps-ci, ils partagent notre vie, souvent pour plusieurs jours. Des groupes de chrétiens arabes de toutes confessions viennent en pèlerinage… Mais il n’y a rien de plus cher à mon cœur que de voir la population locale, en très grande majorité musulmane, pique-niquer dans la vallée en famille élargie et monter l’escalier du monastère. Ils adoptent la démarche pieuse qui fut celle de leurs ancêtres d’une civilisation cinq fois millénaire mais aussi celle des premières générations musulmanes qui ont reconnu dans les monastères, à la suite du Prophète arabe, des lieux de rencontre et de ressourcement spirituel.

C’est dans un souci de transparence et de solidarité avec tous nos amis de par le monde, uni à notre volonté de rester enracinés dans la loyauté envers cette société locale syrienne qui m’a accueilli avec la meilleure hospitalité il y a 30 ans, que je me décide à rédiger ce communiqué de presse. Le but est celui d’une ouverture de dialogue, car la crise actuelle est connue de tous et ne pourrait être cachée vu l’impact médiatique du monastère et de son engagement environnemental et spirituel au niveau local, régional et global.

Il est clair que je porte seul la responsabilité des affirmations qui suivent.

Les difficultés survenues dernièrement avec le Ministère de l’Agriculture, et même avant avec la Direction Générale des Antiquités et des Musées, ne semblent pas relever de questions techniques, environnementales ou touristiques. Il semble évident qu’il s’agit de l’émergence d’une préoccupation politique liée au projet que j’ai promu ici au monastère de Mar Moussa tout au long de ma présence depuis 1982.

Je tiens à affirmer ici ma solidarité avec ce Pays par lequel je me sens adopté. J’apprécie infiniment la tradition de bon voisinage et d’harmonie cordiale au niveau interreligieux qui caractérise la société syrienne. Cela s’enracine dans une culture arabe de laquelle je suis moi-même fier.

La langue arabe est le symbole fort d’une citoyenneté consignée à la responsabilité créative des habitants de cette région bénie. L’arabe est aussi le lien sacré de la Oumma musulmane de par le monde et les chrétiens arabes se sentent appelés à une solidarité fraternelle et à une communauté de destin avec leurs voisins. La Syrie synthétise de façon admirable une citoyenneté moderne avec une identité culturelle forte héritière de la civilisation arabo-musulmane classique où les disciples de Mohammad, ceux de Jésus et ceux de Moïse (sur Eux et sur la Communauté des croyants la paix et la bénédiction divine) ne bâtissaient qu’une seule et richissime cité humaine.

La présidence du Docteur Bashar al-Assad est l’expression et la garantie d’un consensus national large et intercommunautaire. Elle conduit et représente la volonté du pays d’avancer en fidélité avec ses valeurs. Je reconnais à la Syrie du Partie Baath le mérite d’avoir su garder le cap de la dignité et de l’indépendance nationale.

Le Président est engagé dans la résistance face à l’opiniâtre et irrationnelle volonté de rapine de l’Etat sioniste, soutenu par l’Occident de manière irresponsable. Il œuvre en vue d’une graduelle démocratisation du Pays, tout en évitant les risques de dissolution de l’unité nationale ainsi que la perte d’originalité et d’indépendance de notre identité culturelle face à la globalisation. Je me sens engagé, dans le cadre des devoirs propres à ma condition religieuse, à œuvrer pour la paix et la réconciliation sans renoncer à une courageuse et exigeante revendication de justice. J’adhère au principe de négociation de « territoires en échange de la paix» et au devoir de vigilance face aux défis dangereux lancés par les fondamentalismes armés juifs et chrétiens qui provoquent la radicalisation des dérives extrémistes angoissantes du côté musulman.

La Syrie choisit d’harmoniser un sens laïc et séculier de la République avec la portée symbolique et la profondeur spirituelle de ses racines religieuses et nous voulons y participer.

Je n’ai de cesse de répéter que si la communauté internationale ne se décide pas à bloquer, enfin, la progressive et rapide dépossession sioniste de la Ville Sainte de Jérusalem, el-Qouds, et des autres territoires palestiniens et arabes, aucune paix ne sera envisageable. Je prêche continuellement qu’un sens spirituel actuel de justice et de miséricorde divines doit conduire à une réinterprétation de nos textes sacrés juifs, chrétiens et musulmans. Ainsi nous pourrons concevoir un futur où nos attentes et nos visions religieuses seront réconciliées par voie d’une reconnaissance réciproque qui reste impossible tant dans l’extrémisme religieux sectaire que dans la superficialité consumériste et vaguement universaliste.

Le complexe symbolique lié à la figure biblique (Premier et Nouveau Testament) et coranique d’Abraham n’est disponible ni aux desseins de monopolisation religieuse ni aux agressions fondamentalistes et bien moins encore aux occupations sionistes. L’attitude des colons israéliens et de l’Etat « juif » dans la ville arabe de al-Khalil (Hébron) est à proprement parler un sacrilège qui dépossède le Saint Patriarche de sa paternité spirituelle universelle. Tout à l’opposé, des musulmans, des chrétiens, des juifs, des personnes de bonne volonté, partout dans le monde, des plus ouverts, des plus assoiffés de justice, des plus engagés dans la non-violence reconnaissent, dans le Père d’Ismaël et d’Isaac, le grand croyant dans le Miséricordieux et l’intercesseur universel pour une paix sereine entre frères, dans l’établissement d’une justice enracinée dans la vérité de Dieu, al-Haqq.

La communauté monastique que je préside a choisi depuis la visite du Pape à Damas, en 2001, de se placer sous la protection d’Abraham, « al-Khalil » (l’Ami de Dieu). Et, pour cette même raison, la fraternité des amis italiens de notre monastère a décidé de s’appeler Association Khalil Allah.

Il n’y a pas de relation directe entre la communauté monastique, y compris l’association qui lui est liée, et le projet de tourisme écologique et spirituel appelé « Abraham Path Initiative ».

Par ailleurs, à Barcelone, en 2003, j’ai participé avec un groupe d’experts internationaux, dans le cadre du Parlement Mondial des Religions, à la définition de la symbolique sous-jacente au projet du « Abraham Path Initiative » (www.abrahampath.org). Il s’agit d’un mouvement culturel axé sur le développement durable, la construction de l’harmonie interculturelle et interreligieuse et la vertu d’hospitalité. Ce projet est on ne peut plus éloigné de la logique de vexation relative au mouvement sioniste envers les populations arabes et de mépris religieux exprimé par le fondamentalisme juif envers les chrétiens et les musulmans. L’espoir des promoteurs internationaux de ce projet est qu’une pareille initiative pédagogique puisse provoquer une évolution des esprits capable de préparer le terrain d’une paix juste.

De fait, comme il est notoire, pour des raisons d’opportunité et de stratégie culturelle - dans le cadre de la logique syrienne d’indépendance et de combat pour le recouvrement des droits de la nation arabe - le projet du « Abraham Path Initiative » n’a pas reçu, dans la contingence actuelle, l’approbation et l’appui du gouvernement syrien. Les organisateurs, et moi personnellement, avons reconnu et accepté avec conviction les raisons de l’autorité syrienne. C’est pour cela que toute référence à ce projet a été systématiquement évitée dans la réalisation du projet de Zone Protégée dans la Vallée du monastère de Mar Moussa. Ainsi, aucune allusion explicite à cette initiative abrahamique n’a été évoquée dans l’établissement du projet du Centre des Visiteurs de la Zone Protégée.

Il n’est évidemment pas possible d’exclure le Père Abraham de l’horizon symbolique de notre Pays et de notre région, tout comme il est impossible d’exclure du Ciel de notre Patrie Jésus de Nazareth, le Prophète Mohammad, sa Famille et ses Compagnons. Ces saints noms ne peuvent être utilisés de façon légitime par aucun projet politique caractérisé par l’intégrisme et l’extrémisme religieux. De plus, leur exclusion ne ferait qu’appauvrir culturellement et spirituellement notre peuple.


Je ne peux concevoir mon action dans le monastère de Mar Moussa, dans cette Patrie syrienne et dans le cadre international, que dans une loyauté sans faille envers la Communauté nationale et ses dirigeants civils et religieux.

J’ai fait appel au Président de la République pour qu’il crée l’occasion d’un véritable éclaircissement de ma position pour retrouver la sérénité du travail bien fait et de la collaboration avec les partenaires locaux, la population syrienne et le vaste cercle des amitiés internationales.

Dans l’hypothèse que ma présence soit, pour des raisons que j’ignore, la vraie motivation de l’abrogation de la Zone Protégée et des autres difficultés, je suis prêt à démissionner et à renoncer à mes fonctions pour le bien commun.

Paolo Dall’Oglio, le 17 Avril 2010

Par Michel Servet - Publié dans : Dialogue des civilisations - Communauté : Membres de Facebook
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