Ecrivaine, Virginie Despentes s’est fait remarquer en 2006 par un essai féministe percutant, King Kong Théorie. Elle défend les prostituées, les femmes voilées, les lesbiennes, les vieilles…

 

Pourquoi être contre la pénalisation du client, et contre la loi sur le voile à l’école ?

La pénalisation des clients est un outil du pouvoir pour contrôler les sans-papiers. Il ne s’agit pas de protéger les travailleuses contraintes, mais de les opprimer davantage. Le féminisme ne devrait pas être instrumentalisé pour permettre au gouvernement de durcir sa politique d’immigration. Le putsch bancaire de 2008 a précarisé les femmes, qui sont les moins bien reçues sur le marché de l’emploi. Il y avait d’autres mesures à prendre pour envoyer un signe de solidarité que de cogner sur celles qui survivent en se prostituant.

Revenir sur la loi du voile à l’école aurait été une vraie mesure de gauche… Car, là encore, il s’agit d’instrumentaliser le féminisme pour mener une politique excluante, qui permet aujourd’hui à l’extrême droite d’encourager les gens à dire «nous retirons nos enfants de l’école, car nous n’avons plus confiance en cette école laïque qui nous a fermé ses portes». C’est très français de dire aux populations issues des anciennes colonies : vous êtes rudement chanceux d’être là, alors fermez vos gueules. Le calme et le silence n’est plus ce qui caractérise les populations issues des anciennes colonies, et on devrait s’en réjouir à gauche. Au lieu de quoi, on invente une école qui déclare que certaines Françaises sont indignes d’être instruites.

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