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Le blog du vieux singe

Dérives supposées et réelles.

3 Août 2012 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Religions, #Michel Onfray

A plusieurs reprises, je me suis intéressé au contenu d'un blog qui porte une très beau nom : « amitié entre les peuples ».

Certes, les peuples dont il s'agit sont des peuples abstraits, des « peuples-classes », et j'attends de lire une analyse sur ce qui distingue par exemple le peuple français du peuple allemand, ou comment on distingue au sein du peuple français le peuple-classe, etc.

 cattori.jpg

Mais il est vrai que les sujets abordés sont parfois très éloignés de l'amitié entre les peuples. J'avais déjà pointé  quelques perles, mais  j'en ai lu une autre, que je vous laisse découvrir.

Cet article est inspiré par celui de Carmen Soqqiu sur Rue 89, que personnellement je trouve assez déjanté, plutôt « technique » et sans prétention d'analyse et de normalisation idéologique.

L'analyse faite ensuite d'un article de Richard Poulin (je ne connaissais pas) sur le site mondialisation.ca, que je connais et dont je me méfie, (notamment à cause de ceci (image)) m'a laissé assez perplexe. Bref, je n'ai pas tout compris.

Mais les religions inspirent beaucoup notre auteur, et comme je connais mieux le sujet, je vais décortiquer.

Au départ, il y a un article de Jean-Claude Guillebaud, publié dans « l'hebdomadaire chrétien d'actualité » La vie (groupe Le Monde) et accessible sur son site internet à l'adresse suivante. :

http://www.lavie.fr/hebdo/2012/3489/dieu-est-il-guerrier-11-07-2012-29288_334.php

Jean-Claude Guillebaud est écrivain et journaliste. Il pourrait à la rigueur être classé parmi les « éditocrates », vu le nombre de ses collaborations dans des titres divers.

La critique de cet article est faite sous le titre :

« JC Guillebeau en dérive. »

Le mot « dérive » m'a inquiété. Dérive : évolution incontrôlée ou dangereuse, dit le Larousse. Il y a des exemples connus de dérives.

Dieudonné fut un respectable militant anti-raciste, contre l'extrême-droite, avant de faire la promotion de Faurisson, etc..

Thierry Meyssan s'est fait connaître, avec le réseau Voltaire, en luttant contre l'homophobie et une milice d'extrême-droite. Il a aujourd'hui des amis communs avec les nouveaux amis de Dieudonné.

Il fut un temps où les militants gaullistes préféraient « perdre une élection que perdre leur âme ». Ce temps est malheureusement révolu pour certains.

Donc, on peut parler de dérive, du point de vue d'un militant des droits de l'homme.

Mais Guillebaud ?

GUILLEBAUD.jpg

Co-fondateur de « Reporters sans frontières », avec Robert Ménard, il s'en est séparé pour des raisons qu'il explique dans Marianne :

« De mon côté, je pensais qu’une organisation de ce type ne pouvait être légitime que si elle incluait un travail de critique du fonctionnement des médias en occident. Que ce soient les dérives du travail journalistique (bidonnages etc.) ou un travail de réflexion poussé sur l’évolution de ce métier, ses pratiques et les atteintes aux libertés possibles dans les démocraties. Sinon, nous serions passés pour des néocolonialistes, des donneurs de leçons arrogants : quand on interpelle les leaders des pays du tiers-monde sur les atteintes aux libertés de la presse chez eux, la question qui se pose automatiquement à nous, est de savoir quel usage nous faisons de notre liberté. Même si les enjeux ne sont pas les mêmes, cette question est essentielle et je pensais qu’il fallait y consacrer 50% de notre temps et de notre énergie. »

Et il y dénonce les « dérives » de RSF. Quand on connaît les positions actuelles de Robert Ménard, ces déclarations de 2008 étaient prémonitoires.

Jean-Claude Guillebaud a toujours défendu des positions humanistes. En 2007, il affirme être redevenu chrétien. Est-ce là la dérive ?

J'ai donc lu l'article incriminé et je ne suis effectivement pas d'accord avec certaines des affirmations de l'auteur.

Il affirme :

« Car enfin ! les sanglants conflits du XXe siècle se rattachaient à deux idéologies – stalinisme d’un côté, hitlérisme de l’autre – qui avaient en commun d’être athées. »

la vieEt ce phrase est reprise en exergue :

« Le stalinisme et l’hitlérisme ont en commun d’être des idéologies athées »

C'est historiquement faux.

La première guerre mondiale peut être sommairement analysée comme un conflit entre impérialismes, avec un système d'alliances qui, loin de protéger la paix, transformait un conflit local (assassinat d'un archiduc) en conflagration européenne, puis mondiale.

Le stalinisme et l'hitlérisme n'ont rien à voir là-dedans, les justifications idéologiques sont le patriotisme, avec ou non une caution religieuse, mais ne sont jamais athées.

La seconde guerre mondiale trouve son origine dans le nazisme. Il n'y a pas de responsabilité partagée entre nazisme et hitlérisme, même si on peut reprocher à Staline le pacte germano-soviétique, comme on peut reprocher aux démocraties occidentales leur passivité face à la montée du nazisme, etc.

Et le nazisme, contrairement au stalinisme, n'est pas une idéologie athée. Les nazis défendent, soit un christianisme déjudaïsé, affirmant, comme Rosenberg, que Jésus n'était pas juif, mais aryen, soit un néo-paganisme, en faisant revivre les mythologies germaniques.

Quant à leurs alliés japonais, il considèrent leur empereur comme un dieu.

Rien de très athée dans tout cela.

Je concède que Staline, Mao, Pol Pot agissaient au nom d'une idéologie athée. Mais les deux phrases de Jean-Claude Guillebaud sont erronées.

Pour le reste, il a raison. Des idéologies athées ont été meurtrières, les textes monothéistes n'ont pas le monopole des appels au meurtre, beaucoup de conflits présentés comme des conflits religieux ne le sont pas au départ, même si les justifications avancées le sont souvent.

Et donc, il n'est pas plus justifié de dire que le christianisme génère la violence que de dire que l'athéisme génère la violence.

Mais la critique de cet article est encore plus déficiente.

 

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article2489

http://association.pour-politis.org/space/autre-monde/

 

Elle commence par un aveu « je cite de mémoire ». Je suppose que l'article a été feuilleté chez un marchand de journaux, et que le reste des commentaires est fait aussi sur un texte « de mémoire ». il n'en aurait coûté que 3,5 € pour s'en faire une idée plus précise.

L’auteur de la critique aurait pu commencer par réfuter- facilement- nazisme était une idéologie athée. Manque de connaissances historiques ?

Il écrit ensuite « renvoyer tous les athées à la barbarie » est choquant. Effectivement, et Jean-Claude Guillebaud dit d'ailleurs « Ira-t-on en conclure que l’athéisme prédispose à la violence ? (..) Bien sûr que non ». Donc cette remarque est sans objet, comme la suivante :

« D’une part on peut appliquer le même raisonnement que pour les athées : à savoir "on trouve de tout dans les discours et les pratiques des religions" . Aucune n’a eu que des pratiques positives et progressistes. Aucune n’a, à l’inverse, que des pratiques négatives et oppressantes. »

J'admets qu'il y a des millions d'athées qui luttent pour l'émancipation humaine, mais de là à parler de « millions de pensées cohérentes athées » ! Parlerait-on de millions de pensées cohérentes chrétiennes, etc. ?. Non. On pourra parler des pensées « athées » de Démocrite, Laplace, Marx, etc. Cela fait du (beau) monde, mais pas des millions. De même si on compte les théologiens de toutes religions, je doute qu'on arrive à des millions de « pensées » ?

Jean-Claude Guillebaud « philosophe organique » de cette revue catholique ? Je connaissais l' « intellectuel organique », notion développée par Marx et Gramsci : Pour les marxistes, intellectuels et artistes ne forment pas une classe sociale dans la mesure où ils n'ont pas de rapports de production. Mais ils arrivent qu'ils adhèrent à une pensée politique. Ils peuvent alors devenir des intellectuels organiques, pouvant, par leur contribution participer à la modification du cours de l'histoire1.

Mais l'intellectuel organique d'une revue ?

Ensuite quelques perles :

« Les religions endoctrinent les très jeunes. » Comme s'il n'y avait pas endoctrinement des très jeunes dans l'URSS de Staline, etc..

« Les athées peuvent être relativement croyants. » Moi qui croyais (sic) que par définition, un athée ne croyait en rien, et surtout pas en un dieu.

Après, on nous parle ce « croyances faibles » et de « croyances fortes », comme les forces du même nom.

« mais il faut alors distinguer les croyances "faibles" que tout un chacun ne peut éviter d’avoir et les croyances fortes qui sont entretenues contre la raison. »

Croire en l'astrologie, contre toutes les démonstrations scientifiques, c'est une croyance faible ou une croyance forte ?

Quant à l'existence de Dieu, scientifiques et théologiens chrétiens s'accordent pour dire que ce postulat est indémontrable et irréfutable, donc hors la raison, à coté, pas contre.

 

 


Ajout du 5 août 2012 :

J'ai quelques lecteurs fidèles, hormis les trolls.

Quelques uns font des commentaires, le plus souvent judicieux, ou qui font avancer le débat. D'autres développent des points de vue très éloignés des miens, mais toujours respectables et argumentés.

Mais l'auteur de l'article critiqué ci-dessus se contente de temps en temps de dire qu'il n'apprécie pas mes commentaires, sans jamais donner de liens. Donc ses lecteurs ne peuvent pas vérfier.

Il lui arrive aussi de rectifier quelques erreurs que j'ai pointées.

Comme je signalais que le nazisme n'était pas athée, et qu'il n'avait pas vu cette grosse erreur historique de Jean-Claude Guillebaud, il corrige en s'abritant derrière l'argument d'autorité : Onfray a montré que le nazisme n'était pas athée.

Deux remarques :

Personne n'a attendu Onfray pour savoir cela, tous les historiens du sytème nazi l'ont écrit.

Onfray parle-t-il des tendances paîennes de certains nazis, de leur restauration des anciennes mythologies germaniques, des mythes solaires?

Vous avez dit panthéisme solaire ? Comme c'est bizarre, je croyais que vous aviez dit "athéisme" ?

 


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