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Lundi 31 juillet 2006 1 31 /07 /Juil /2006 20:39
Pendant très longtemps, le texte de la Bible a été considéré comme incontestable, notamment dans les sociétés chrétiennes, et ce pour plusieurs raisons.

Dans des sociétés religieuses, la remise en cause pouvait conduire au bûcher, et cette perspective est un excellent antidote à l’esprit critique.

Fort peu de gens l’avaient lue, parce que peu savaient lire, et les autres ne connaissaient qu’un aperçu synthétique, l’”histoire sainte”.

La critique n’avait que peu de points d’appuis, seuls les lecteurs avertis du texte complet pouvaient déceler des contradictions et des incohérences.

Tout changea avec la généralisation de la lecture de la Bible par les Églises réformées, le retour au texte d’origine- hébreu ou grec, les découvertes astronomiques, archéologiques, paléontologiques.

Le développement de l’esprit scientifique fit que l’on osa analyser la Bible comme on analyse Homère ou Tite-Live.

Les biblistes découvrirent que le texte avait plusieurs auteurs, de styles très différents, que certains livres avaient été remaniés, qu’ils ne pouvaient pas avoir été écrit par leurs auteurs présumés à la date communément admise.

Le premier livre à être contesté fut celui de la “Genèse”. Le monde (univers, système solaire, Terre, vie terrestre, espèce humaine, civilisations) avait bien plus de 6 000 ans, et il ne s’était pas fait en 6 jours. Le “déluge universel” n’avait pas eu lieu, ce n’était de de très grandes inondations locales.

Ensuite, certains phénomènes merveilleux furent remis en cause. Comment Josué pouvait-il arrêter le soleil, puisque c’est la Terre qui tourne sur elle-même et autour du soleil ?

On ne connaissait l’histoire de cette région que par la Bible et ce qu’en avait dit les auteurs grecs. Grâce à Champollion et d’autres, l’Égypte, l’Assyrie, Babylone et d’autres se mirent à parler. Et ils ne disaient pas la même chose que la Bible !! Et les textes étaient contemporains des évènements cités, eux !!

Les résultats de fouilles archéologiques, notamment par les Israéliens, avides de découvrir des preuves irréfutables de la véracité de la Bible et partant de justifications historiques à leurs revendications territoriales, ne donnèrent pas les résultats escomptés.

En bref et je synthétise : l’histoire biblique des derniers rois de Juda et ultérieure “colle” a peu-près avec les textes des empires voisins et les découvertes généalogiques, mais avant !!

Sont remis en cause :

le séjour massif des Hébreux en Égypte et dans le Sinaï;

la conquête épique de Canaan par les troupes de Josué : il n’y eut pas de trompettes de Jéricho parce qu’il n’y avait pas de Jéricho dans le protectorat égyptien d’alors.

le royaume de David et Salomon est très contesté dans son étendue, son unité religieuse et m^me son existence, ce dont est sûr, c’est que c’est le royaume du Nord, Israël l’impie selon la Bible, qui comptait un siècle plus tard.

Finkelstein et Silberman sont deux archéologues israéliens, qui développent plus particulièrement de dernier point dans leur dernier ouvrage paru en France. Il faut le lire, c’est passionnant comme une enquête policière. En effet, archéologues et policiers doivent recueillir les indices et les faire parler.

A signaler, des mêmes auteurs :

La Bible dévoilée

Bayard 2002 400 pages 24

Le balayage historique est plus vaste que dans le dernier ouvrage, qui focalise sur une période.

et aussi,

Pierre Bordreuil et Françoise Briquet-Chatonnet.

Le temps de la Bible Fayard  2001 450 pages 150 FRF

  Les auteurs sont historiens et travaillent à l’Institut d’études sémitiques du Collège de France. Ce livre est à la fois un point sur la concordance (ou la divergence) entre le texte biblique et les sources archéologiques et épigraphiques et surtout une analyse de l’interprétation des faits que donne le texte biblique, au service d’une idéologie précise. Ils vont au-delà de la distinction des sources multiples pour monter que la réécriture au retour de l’exil n’est pas une simple compilation de textes contradictoires, mais un travail réfléchi. Après la Bible de Josias, au service de ses ambitions territoriales, celle d’Esdras crée le peuple sans roi mais serviteur de la Loi.

Conclusions de tout cela :

La Bible reste par son contenu, son message, son originalité, une des oeuvres majeures dans l’histoire de l’humanité.

Mais elle ne peut servir à justifier des revendications territoriales, et de toute façon, m^me si cela était vrai, Mohammed VI aurait encore plus de droits à revendiquer l’Espagne.

Et personne n’ose proposer un sionisme tsigane, avec colonisation du nord de l’Inde, ou afro-américain, en quelque sorte un “grand Liberia”.

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman

Par Michel Servet - Publié dans : Religions
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