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Lundi 28 août 2006 1 28 /08 /Août /2006 20:22

Note de lecture (avec mes excuses pour les variations de police dans le cours du texte)

OPA sur les Juifs de France.

Enquête sur un exode programmé 2000-2005 Grasset 2006

Cécilia Gabizon est journaliste au « Figaro », Johan Weisz à Radio-Shalom, radio communautaire juive. Les auteurs n’appartiennent donc pas à ce que certains appellent la « mouvance palestino-gauchiste », voire même « islamo-gauchiste ». Leur analyse n’en a donc que plus de valeur et d’intérêt.

Ils étudient non pas l’ensemble des « Juifs de France[1] », mais plus particulièrement ce qu’ils appellent le judaïsme communautaire, et d’autres la communauté organisée, c’est-à-dire l’ensemble des associations, institutions se réclamant d’une conception du judaïsme fondée sur la pratique religieuse et/ou les liens avec l’État d’Israël. Il regrouperait environ 200 000 personnes.

Compte tenu de l’importance des informations et de la sensibilité du sujet, je préciserai à chaque fois les références dans le livre des informations sujettes à polémique.

Je vais essayer de regrouper les principaux sujets abordés, le livre étant à mon sens un peu touffu (écriture à quatre mains ?) en évacuant d’abord ce qui pose problème à mon avis :

Certains des thèmes développés par les auteurs sont contestables ou méritent discussion :

L’attitude des médias

Ils relaient les critiques faites à Charles Enderlin, correspondant de France2 à Jérusalem, pour son traitement de l’affaire Mohammed Al Dura, le jeune garçon palestinien dont la mort le 30 septembre 2000 a été montrée en direct[2]. Quoi qu’il en soit - et je n’ai pas les moyens de faire une enquête par moi-même - certains des critiques de Charles Enderlin tombent dans l’excès et la paranoïa.

Décerner, à lui et à d’autres, un « Prix Goebbels de la désinformation » revient à banaliser le nazisme et confondre la machine de propagande raciste et nazie avec un éventuel dérapage d’un journaliste qui aurait recherché le sensationnel. Car, au pire, ce ne serait que cela.

Un des responsables de l’UPJF[3] déclare alors « Enderlin est le type le mieux protégé de France » et que Jacques Chirac « a décidé de la destruction de l’État d’Israël »[4] !!

Et pour faire croire[5] que c’est la diffusion de cette séquence qui est la cause de l’extension de la seconde Intifada, il faut oublier et faire oublier les conditions de vie des Palestiniens à cette époque.

Juifs dans les pays musulmans.

La situation des Juifs dans les pays musulmans est évoquée à plusieurs endroits[6] et cette analyse ne sera pas partagée par tous.

Mais les auteurs rappellent que les Juifs marocains sont partis volontairement pour Israël[7]. Les conditions du départ des Juifs des autres pays arabes sont évoquées de manière nettement plus nuancée que dans la propagande israélienne « les juifs chassés des pays arabes », mais qui mériterait à mon sens d’être encore plus nuancée. Je pense notamment au rôle joué par le Mossad dans l’Irak hachémite et les conditions d’émigration des Juifs yéménites, à qui des émissaires sionistes athées ont fait croire que le Messie était revenu[8] !!

Le « nouvel antisémitisme [9]»

C’est effectivement un vrai problème, qu’il ne faut ni nier, ni surestimer. Les prédicateurs et propagandistes cités existent réellement, la question est de connaître exactement leur influence, et le meilleur moyen reste encore de déconnecter judaïsme, quel que soit le sens que l’on donne à ce mot (culture, religion, etc..) et sionisme.

Et il ne faut pas oublier que cette « culture de la haine » se développe sur fond de misère sociale et de ghettoïsation.

Mais le reste de l’analyse garde toute sa pertinence.

L’enjeu démographique en Israël [10]

Dans le territoire compris entre la Méditerranée et le Jourdain, les Juifs sont désormais minoritaires ou sur le point de l’être. Israël se veut un État « juif et démocratique », ce qui suppose que les Juifs y restent largement majoritaires, sans même parler des territoires palestiniens occupés.

C’est pourquoi les autorités israéliennes font le choix délibéré de relancer la propagande en faveur de l’ « alya », l’émigration juive vers Israël, en ciblant la France. Le sujet est abordé en détail et il convient de se référer au livre[11].

Quelques faits et analyses :

Le retrait partiel de territoires occupés n’est motivé que par le souci de conserver une majorité juive à l’intérieur des frontières.

Les querelles entre orthodoxes et laïcs sur la définition du judaïsme.

Le bilan migratoire n’est pas bon, il y a presque autant de départs que d’arrivées.

L’alya française n’est pas une réussite et près d’un tiers des émigrants rentrent en France.

Beaucoup d’émigrants trouvent du travail dans des sociétés de télé-marketing, qui opèrent depuis Israël en utilisant leur connaissance de la langue française.

La priorité donnée à l’immigration par les autorités israéliennes les conduit même à critiquer l’Allemagne, coupable[12] de favoriser l’accueil sur son sol des juifs d’ex-URSS !!

La situation du judaïsme français

Les auteurs rappellent l’attachement historique des Juifs français à la République émancipatrice, leur faible sensibilité au projet sioniste, même s’ils se sentent solidaires d’Israël, leur changement d’opinion à la suite de la guerre de 1967.

Mais l’événement le plus important est la « révolution sépharade [13]», avec l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord, beaucoup plus religieux, qui ont encore un vécu communautaire de leur judaïsme, contrairement aux Juifs européens, et aussi un vécu douloureux de leurs relations récentes avec leur environnement arabo-musulman. Le judaïsme français devient sioniste. Ce sionisme est accentué par le fait que beaucoup ont des proches, des cousins, qui ont quitté les pays arabes non pas pour la France, mais pour Israël.

Les manifestations publiques mêlent désormais la lutte contre l’antisémitisme et la défense d’Israël[14].

Henri Hajdenberg, qui voulait calmer le jeu, est remplacé à la tête du CRIF par Roger Cukierman, qui va jouer à fond la carte de l’identification communautaire avec Israël, et dénoncer tous ceux critiquent le politique israélienne.

Je cite les auteurs du livre :

« Comme si le modèle du Juif de la République, citoyen défendant avec sa sensibilité particulière l’intérêt commun, avait peu à peu laissé place au Juif communautaire, défendant de l’extérieur, en association, ses propres vues.[15] »

Ils notent aussi le développement d’un intégrisme religieux, du communautarisme, la volonté de « judaïser les Juifs » du Grand Rabbin Joseph Sitruk, l’arrivée de rabbins israéliens, qui prêchent un sionisme religieux. Les auteurs citent : « Avec les Arabes, ou tu cognes, ou tu te fais cogner. Y a pas de kavod (respect) à faire à un Arabe. Ou bien il est sous tes pieds, ou bien tu es sous les siens [16]».

« Sarcelles d’abord [17]»

Le but de l’opération n’était pas de mettre fin aux discriminations et brimades sont souffraient les Juifs de Sarcelles en recherchant et sanctionnant leurs auteurs, en effectuant un travail de prévention et d’éducation contre l’antisémitisme, mais de renforcer l’émigration juive française vers Israël.

Le repli communautaire organisé

Le traitement par les médias français du conflit est jugé partial et il y a donc un repli sur les informations que donnent des médias communautaires, français ou israéliens.

Beaucoup sont persuadés que l’AFP est au main des « Arabes ».

Alors que la presse juive était peu lue, l’audience des radios et sites Internet explose. Il y a donc un exode mental[18]. Ces médias communautaires seront très complaisants avec les mouvements d’extrême-droite juive. Certains vont sombrer dans le racisme anti-arabe[19].

Les intervenants.

Organisations sionistes

Le mouvement sioniste a été organisé à la suite du premier congrès sioniste (Bâle 1897). Les principaux organes exécutifs sont :

L’Organisation sioniste mondiale

L’Agence juive pour Israël[20], qui est le bras exécutif.

Kéren Ayéshod, chargé de la collecte des fonds.

Kéren Kayémeth LéIsraël (KKL[21]) (Fonds national juif) qui achetait des terres en Palestine avant 1948 et est maintenant le gestionnaires[22] des terres.

Agence juive pour l’Europe : elle a financé les mouvements de jeunesse sionistes de toutes obédiences (y compris le Bétar) et des mouvements étudiants juifs, comme l’UEJF[23].

Organisations communautaires.

Les auteurs signalent à plusieurs reprises que le réseau des synagogues est utilisé pour la propagande en faveur de l’alya ou des partis d’extrême-droite israéliens.[24].

Joseph Sitruk félicite chaque émigrant en Israël pour son choix courageux[25].

Personnalités (ordre alphabétique)

Pierre Besnainou :

Il a empoché 600 M€ en revendant Liberty-Surf au moment opportun, et consacre sa fortune à militer pour le sionisme. Il est président du Congrès Juif Européen depuis 2005 et depuis le 19 juin 2006 président du Fonds Social Juif Unifié (association française). Il défend le principe de la double nationalité (donner la nationalité israélienne aux juifs français qui le souhaitent, sans émigrer, et est un participant de la double allégeance[26]). Il a été l’initiateur de l’opération « Sarcelles d’abord ».

Il finance le site « Proche-Orient Info » d’Élisabeth Schemla[27], a des amis à gauche et a droite, fréquente le président tunisien Ben Ali, et réfute la thèse de l’inimitié séculaire entre juifs et musulmans.

« Les Juifs n’ont pas fui vers Israël, personne ne les a forcés à quitter l’Afrique du Nord, ils sont partis en Israël car ils étaient sionistes ». Il estime par ailleurs que les tensions intercommunautaires actuelles en France s’apaiseront avec une solution du conflit israélo-palestinien et craint plus l’antisémitisme européen. Il accuse les organisations juives américaines (AIPAC) de « crier au loup » et d’ingérences dans la politique intérieure française[28].

Pour lui, le principal danger est l’assimilation, favorisée par les mariages mixtes[29].

Roger Cukierman.

Président du CRIF, qui dispose d’un budget de 1,5 M €, dont 1 M € collecté personnellement par son président[30].

Menahem Gourany :

Délégué général de l’Agence juive pour Europe, c’est un  ancien porte-parole du lobby des colons, militant pour « l’alya par la case yishouv » Il devient ensuite lobbyiste accrédité à Bruxelles, où il se présente comme un citoyen belge au service d’un lobby pro-israélien[31].

Jacques Kupfer[32] :

Ancien dirigeant du Bétar[33], c’est un militant de « toute la terre d’Israël pour tout le peuple d’Israël ».

Olivier Rafowicz :

Lieutenant-colonel, délégué général du département de l’Alya pour l’Agence juive en Europe. Il a fait du « renseignement militaire » dans les territoires occupés[34].

Gilles Taïeb :

Moins important, mais connu pour s’être adressé à lui-même des messages antisémites et condamné pour cela[35].

Les relations avec l’extrême-droite « classique »[36].

Elles se développent, à l’initiative de responsables communautaires qui développent des thèmes proches de l’extrême-droite traditionnelle, dont le racisme anti-arabe et l’islamophobie, avec la peur des musulmans français.

Il faut lire les déclarations de Jacques Kupfer, et Serge Hajdenberg, président de Radio J[37]. D’autres personnes font faire le lien avec les réseaux de droite, et au-delà de l’UMP. Les pages 78 à 90 de livre présentent un défilé de personnages - adeptes des procès en diffamation - et un florilège de déclarations trop nombreuses et trop longues pour être citées.

Certains ont même découvert des « Protocole des Sages de Médine[38] » !!!

L’évolution d’intellectuels venus de la gauche.

Pierre-André Taguieff et Jacques Tarnero sont abondamment cités pages 91 à 94.

L’extrême-droite juive.

Une organisation comme Migdal va dénoncer la passivité de l’acteur Gad Elmaleh[39], les radios communautaires jugées « molles ». D’autres « ratonnent » les porteurs de keffieh.

Le Bétar est maintenant jugé « trop mou ». La « Ligue de Défense Juive- LDJ » défend les idées du rabbin new-yorkais Meïr Kahana.[40] Ses militants ont participé à des services d’ordre communautaires, se sont livrés à des exactions et ont bénéficié de la complaisance des autorités[41]. Ils pratiqunet la « chasse au rebeu[42] »

La déclaration d’Ariel Sharon (19 juillet 2004)[43]

Ces déclarations, qui accusent la France d’antisémitisme, notamment à cause de ses citoyens musulmans, et appellent à l’émigration juive en Israël, ont déclanché un tollé en France. Il vise de fait un double objectif : « neutraliser l’influence de la France (..) et entraîner un afflux massif de Français ».

Conclusion.

Je cite ce qui est presque le mot de la fin :

« ….les institutions et les consistoires sont chaque jour plus tournés vers Israël. Le Grand Rabbin Sitruk a ainsi imaginé de nommer un israélien à la tête du tribunal rabbinique national ! (…) Les écoles privées juives calquent leur mode de fonctionnement sur celui des établissements israéliens. Les leaders communautaires semblent également douter del ‘avenir, à l’image d’un Pierre Besnainou, président du Congrès Juif Européen, qui consacre une bonne partie de son temps à l’amélioration des relations entre Israël et les États arabes et finance l’alya sur ses deniers (..). Le visage public du judaïsme européen se dessine en creux et presque par défaut : par sa lutte contre l’antisémitisme, contre l’image dépréciée d’Israël, et avec ses Juifs sur le départ. » 


[1] 500 000 selon les auteurs, page 15

[2] Page 121

[3] Union des Patrons et professionnels Juifs de France.

[4] Page 124

[5] Gérard Huber, de « MENA », page 125

[6] pages 137 à 142

[7] page 29

[8] raconté par Léon Uris dans « Exodus ».

[9] pages 15 et 57

[10] page 29

[11] pages 166 à 188

[12] page 199

[13] page 105

[14] page 108

[15] page 110

[16] Haïm Dynovisz, cité page 110

[17] page 9

[18] page 127

[19] page 128

[20] http://www.jewishagency.org/JewishAgency/French/home/ 

[21] http://www.kkl-france.org/index.tpl 

[22] Le mode de gestion sera développé dans un autre article

[23] page 47

[24] pages 46, 75 et 145

[25] page 171

[26] http://www.guysen.com/articles.php?sid=4688 

[27] page 49

[28] page 51

[29] pages 53 et 226

[30] page 227

[31] page 48

[32] page 73

[33] voir notamment le programme territorial à cette page : http://betar.free.fr/betar/page.php?titre=mouvement 

[34] page 44

[35] page 215

[36] page 73

[37] page 76

[38] page 87

[39] page 147

[40] page 152

[41] page 160

[42] page 160

[43] page 138

Par Michel Servet - Publié dans : Israël et le sionisme
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