Maxime Rodinson cite l’anecdote rapportée par un auteur arabe et mentionnée par Renan en 1883, du pieux musulman espagnol scandalisé par le déroulement d’une assemblée de théologiens (motakallimoun) à laquelle il avait assisté lors de son voyage à Bagdad « A la première séance à laquelle j’assistai se trouvaient non seulement des musulmans de toutes sortes, orthodoxes et hétérodoxes, mais aussi des mécréants, des mazdéens, des matérialistes, des athées, des juifs, des chrétiens ; bref, il y avait des incrédules de toute espèce. Chaque secte avait son chef, chargé de défendre les opinions qu’elle professait, et chaque fois qu’un de ces chefs entrait dans la salle, tous se levaient en signe de respect et personne ne reprenait sa place avant que ce chef se fût assis. La salle fut bientôt comble et, lorsqu’on se vit au complet, un des incrédules [c’est-à-dire des non-musulmans] prit la parole. “Nous sommes réunis pour raisonner”, dit-il. Vous connaissez toutes les conditions. Vous autres, musulmans, vous ne nous alléguerez pas des opinions tirées de votre Livre ou fondées sur l’autorité de votre Prophète, car nous ne croyons ni à l’un ni à l’autre. Chacun doit se borner à des arguments tirés de la raison.” Tous applaudirent à ses paroles. ».
Dans « L’Islam, doctrine de progrès ou de réaction? », Marxisme et monde musulman, Editions du Seuil, 1972.





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