Lundi soir, Caroline Fourest s’est vu décerner un prix humoristique lors des « Y’a bon Awards » annuels. Ce palmarès parodique, lors d’une cérémonie festive et ironique, vise à signaler des dérapages ponctuels ou récurrents « à caractère xénophobes, racistes ou colonialistes français », et qui alimentent « la stigmatisation des français non blancs et des étrangers ». Fort mécontente, Mme Fourest envisagerait de porter plainte pour diffamation contre cette association. Explications.
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Comme chaque année depuis cinq ans, les Indivisibles, une association loi 1901, récompense ironiquement et de manière humoristique les propos les plus « borderline » en ce qui concerne les préjugés xénophobes ou raciaux. Les « malheureux » élus reçoivent un « Y’a bon Award », en l’occurrence une banane d’or. Ce lundi soir au Cabaret Sauvage à Paris, un jury a attribué cinq prix, dont un est allé à Caroline Fourest.
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Il me semble cependant qu’il en va autrement pour Caroline Fourest. Et voici pourquoi.
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… et, parfois, islamophobe obsessionnelle.
Mais il y a une autre Caroline Fourest que j’aime beaucoup moins. C’est l’islamophobe. Sa vision obsessionnelle de l’islam s’ajoute à une connaissance approximative de ce dont elle parle. Les révolutions arabes ? Il faut séculariser avant de démocratiser, pérore-t-elle. Le débat suisse sur les minarets affleure ? Elle l’importe aussitôt en France sans sourciller. Les apéros saucissons ? Elle fait de cet épiphénomène médiatique tout un plat. Confondant le droit de ne pas manger du porc avec une atteinte à la laïcité, elle part en guerre contre le halal avant même Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy ; et d’un bout de rue de Paris où des musulmans pratiquants, et menés là sans doute à dessein, font leur prière, elle fait un événement national. Sa nouvelle spécialité : les fatwas culturelles à l’envers.
Sur les sujets que je connais un peu – les Etats-Unis, le multiculturalisme, le communautarisme, la politique de la chaîne Al Jazeera que j’ai suivi sur le terrain dans plus d’une dizaine de pays arabes –, je peux attester qu’elle se contente trop souvent de véhiculer les préjugés les plus éculés et de multiplier les amalgames. A-t-elle enquêté sur place dans les pays arabes ? Guère. Est-elle dans les quartiers ? Pas beaucoup. Alors d’où vient autant d’assurance, sinon d’une obsession ? Ce gloubi-boulga idéologique est déconcertant. Sous couvert de sortir « de la confusion » sur la laïcité, elle en fige et dénature l’esprit ; et sous prétexte de refuser l’« instrumentalisation », elle ne cesse de rabâcher que le multiculturalisme a échoué et qu’il est dangereux. C’est « une philosophie politique qui consacre le droit à la différence plutôt que le droit à l’indifférence, quitte à favoriser ce qui divise et non ce qui rassemble », écrit-elle dans Le Monde en février 2011. La formule est efficace, mais le multiculturalisme n’a jamais été ce qu’elle prétend – et cela ressemble, en revanche, à ce qu’en dit Nicolas Sarkozy, parfois au mot près. Par des raisonnements alambiqués, par une érudition de surface, elle finit par dire n’importe quoi : pour elle le multiculturalisme revient à « tolérer l’intolérance ». On peut ne pas défendre le multiculturalisme et le communautarisme – c’est mon cas – sans pour autant les caricaturer.
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