J'ai écrit un long texte il y a deux ans et j'en extrait aujourd'hui ce passage :
Qu'est que l'antisémitisme ?
A première vue, « noir », « jaune » peuvent sembler caractériser des groupes humains homogènes, localisés
géographiquement, au moins à l'origine.
Il n'en est pas de même pour « juif », s'agissant de communautés très différentes par la langue, l'aspect physique, la
localisation.
Si on peut soutenir, vu d'Europe, que Japonais et Birmans ont des points communs concernant leur apparence physique, c'est impossible entre
Juifs éthiopiens et russes.
Il s'agit donc simplement d'un groupe humain défini par une unité de religion et le sentiment d'une origine commune, l'unité de culture étant
plus réduite entre personnes de langues véhiculaires très différentes et de modes de vie, de relation avec leur environnement social très différentes.
L'origine commune « palestinienne » des différentes communautés juives du monde est aujourd'hui remise en cause par les
historiens:
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/05/ROULEAU/15885
Il n'y a plus guère que Laurent Joffrin pour parler de « race juive »
:
« Réprouver l’intégrisme musulman et dénoncer le pouvoir supposé des juifs ce n’est pas la même chose. On est anti-intégriste dans le
premier cas, raciste dans le second. On choisit sa religion, on ne choisit pas sa race. »
Or, nul ne conteste que l'antisémitisme soit un racisme. Pourquoi n'en serait-il pas de même de l'islamophobie ?
Le MRAP est né de la lutte contre l'antisémitisme sous l'occupation nazie. A sa création, en 1949, les fondateurs ont voulu déjà élargir leur
combat à toutes les autres formes de racisme.
Ce fut la raison de l'engagement du MRAP au coté des peuples en lutte contre le colonialisme, des noirs des États-Unis et d'Afrique du
Sud.
En 1979, le MRAP devient le mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, sans renoncer à sa lutte contre
l'antisémitisme.
Il lutte également contre les racismes anti-noir, anti-gens du voyage. Il affirma sa solidarité avec les travailleurs migrants.
Il prend conscience de la montée d'un racisme anti-musulman, avec différents évènements et affaires qui défrayent la chronique :
la révolution iranienne et l'affaire Salman Rushdie
les affaires de « voile islamique », des collégiennes de Creil au vote de la loi de mars 2004,
les caricatures danoises
Redeker
le gîte des Vosges (Fanny Truchelut)
Le MRAP en a pris « plein la figure », il a été accusé d'antisémitisme larvé parce qu'il avait refusé de stigmatiser les habitants
de quartier populaires et parce qu'il avait critiqué la politique israélienne.
Ces accusations étaient parfois pernicieuses, notamment quand un journaliste attribuait ces orientations jugées condamnables à son principal
responsable, Mouloud Aounit, identifié comme un « beur de Seine-Saint-Denis »
Or, il y a, dans cette démarche du MRAP, continuité avec les « fondamentaux », notamment la lutte contre
l'antisémitisme.
En effet, avant d'être à prétexte scientifique et biologique, ce dernier trouve sa source dans l'anti-judaïsme chrétien.
Avant la première croisade, il y eut la « croisade des gueux », qui commença par massacrer les Juifs dans la vallée du Rhin, avant
que celle des chevaliers ne massacre les habitants de Jérusalem, juifs, chrétiens et musulmans confondus.
Il y eut aussi un « antisémitisme des Lumières ». L'article « juifs » du « Dictionnaire philosophique » de
Voltaire vaudrait aujourd'hui à son auteur des poursuites pénales.
On peut aujourd'hui distinguer quatre grandes sortes d'antisémitisme, les trois premières pouvant être qualifiées d'antisémitisme « de
mentalité », à prétexte culturel ou idéologique.
notes : de mauvais Français et des traitres en puissance.
Identitaires : quand ils évoquent les "solidarités charnelles"
Il faut aussi rappeler que le terme « antisémitisme » désigne le racisme anti-juif et non pas le raciste anti « sémites ».
Je dis cela pour tous les amis arabes qui affirment en toute sincérité : « on ne peut pas être antisémites, car nous sommes aussi des sémites. » Ils ont étymologiquement raison et
politiquement tort.
Le mot sémite désigne d'abord un ensemble de langues voisines (arabe, hébreu, araméen, akkadien, etc..) parlées par des peuples que la Bible
désigne comme descendant de Sem. Il aura confusion au XIXème siècle avec de soi-disant races. C'est un contresens, il n'y a pas plus de race sémite ou aryenne que de grammaire
dolichocéphale.
Le terme d'antisémitisme a été inventé par un raciste allemand, Wilhelm Marr, pour donner un masque scientifique à la haine des
juifs.
Les trois premières catégories d'antisémites français ont souvent affirmé ne pas être racistes au sens nazi du terme. Et cela d'autant plus
facilement que les Français n'étaient pas les mieux classés dans la hiérarchie raciale nazie.
Georges Bernanos écrira par exemple que les nazis ont « déshonoré l'antisémitisme ».
Cette attitude doit être rapprochée de celles des islamophobes d'aujourd'hui qui affirment ne pas être racistes, puisqu'il n'existe pas de
race musulmane.
Deux autres points communs :
Ceux qui, avant 1939, s'opposent à l'antisémitisme ou simplement défendent les droits de l'homme sont qualifiés « d'enjuivés » par
l'extrême-droite raciste, qui qualifie aujourd'hui de « dhimmis » ceux qui s'opposent à l'islamophobie.
Comme les juifs de cette époque, les musulmans sont dénoncés comme une cinquième colonne.
Les islamophobies.
L'islamophobie existe, des journalistes, des écrivains s'en réclament.
La plupart des institutions internationales la reconnaissent comme un forme de racisme, au même titre que l'antisémitisme.
Un rapport de l'UE en donne une définition (page 72/135)
http://eumc.europa.eu/eumc/material/pub/muslim/Manifestations_FR.pdf
http://www.fra.europa.eu/fraWebsite/attachments/Manifestations_FR.pdf
1. L’Islam est considéré comme un bloc monolithique, statique et réagissant peu au changement.
2. L’Islam est considéré comme distinct et «autre». Il n’a pas de valeurs communes avec les autres cultures, n’est pas affecté par ces
dernières et ne les influence pas.
3. L’Islam est considéré comme inférieur à l’Occident. Il est perçu comme barbare, irrationnel, primitif et sexiste.
4. L’Islam est considéré comme violent, agressif, menaçant, enclin au terrorisme et à la confrontation entre les
civilisations.
5. L’Islam est considéré comme une idéologie politique utilisée pour acquérir des avantages politiques ou militaires.
6. Les critiques de l’Occident formulées par l’Islam sont rejetées d’emblée.
7. L’hostilité à l’égard de l’Islam est utilisée pour justifier des pratiques discriminatoires à l’encontre des musulmans et l’exclusion
des musulmans de la société dominante.
-
L’hostilité à l’égard des musulmans est considérée comme naturelle et normale.
Il existe de fait des islamophobies, avec des points communs et des connexions.
-
Celle des chrétiens fondamentalistes, catholiques ou protestants, qui prêchent la guerre religieuse, envoient les missionnaires derrière
les tanks.
-
Celle des « laïcistes » et « anti-communautaristes », qui font de la laïcité une super religion d'État et un marqueur
d'identité nationale. Riposte laïque en est l'exemple le plus marquant, qui n'hésite pas à adopter un ton chauvin et franchouillard.
-
Celle des sionistes racistes, de la droite israélienne (et d'une partie de la gauche) pour qui Israël est « une villa au milieu de la
jungle ». Elle est relayée en France par de nombreux sites internet.
-
Celle des adeptes du « choc des civilisations », thèse de Bernard Lewis et Samuel Huntington. On peut la regrouper avec celle des néo-cons pour qui le monde musulman est un ennemi de substitution, après la chute du bloc soviétique.
-
Celle des racistes classiques et généralistes. Le dogme identitaire est « l'opposition au métissage ethnique et à la culpabilisation
permanente des peuples européens ». Il faut signaler le cas particulier, dans cette mouvance, des racialistes néo-païens.
Les catégories 1 et 2 ont leur pendant dans les deux premières catégories d'antisémitisme énumérées supra. Les catégories 3 et 4 correspondent
à la catégorie « politique et social ». Là aussi, il y a utilisation du phantasme de la « 5ème colonne », les musulmans de France étant l'objet de la même suspicion que les
juifs au siècle dernier.
La 5ème catégorie a des points communs avec l'antisémitisme à prétexte biologique.
Le résultat de tout cela est que l'islamophobie est une des formes du racisme les plus présentes en France et dans d'autres
pays.
http://pewglobal.org/reports/display.php?ReportID=262
Commentaire en français sur ce site :
http://www.lapaixmaintenant.org/article1850
Avec ce commentaire :
De plus, de manière générale, il y a une corrélation claire entre les attitudes anti-juives et anti-musulmanes : les catégories ayant
tendance à considérer les juifs de façon négative ont la même tendance à l’égard des musulmans.
On peut aussi citer les sondages effectués à l'initiative de la CNCDH.
Rapport 2007
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/084000167/0000.pdf
Opinions positives, négatives et neutres concernant (pages 321 à 323) :
Notes : Islam
Dans un sondage effectué pour le rapport 2006, 54 % des Français estimaient que ce sont les personnes d'origine étrangère qui ne se donnent
pas les moyens de s'intégrer. 37 % estimaient que le défaut d'intégration était imputable à la société.
Libération du vendredi 25 juillet 2008
Devant le tollé de nombreux lecteurs, Laurent Joffrin a alors entrepris de modifier son texte en ligne (pour la version papier, c’est trop tard).
La version corrigée sur le net devient donc : « (...) attaquer une religion n’est pas attaquer une communauté. Réprouver l’intégrisme musulman et
dénoncer le pouvoir supposé des juifs ce n’est pas la même chose. On est anti-intégriste dans le premier cas, raciste dans le second. ».
Comme les gens qui invoquent ce genre d'arguments n'en sont pas à une
contradiction près, il leur arrive d'affirmer que capitalistes et révolutionnaires sont complices.
Avec des versions différentes à décliner selon les pays.
L'affaire Dreyfus n'est pas un accident. Les thèmes antisémites du juif traitre à son pays seront développés
longtemps, prenant prétexte du nombre de juifs originaires de pays d'Europe centrale ou avec des noms à consonance germanique.
On oublie souvent que ce dernier désigne aussi deux autres ennemis :
« le monde chinois » et le « péril brun », c'est-à-dire l'immigration hispanique aux États-Unis.
On peut légitimement s'interroger sur la raison du questionnaire de la page
324, dont il n'existe pas d'équivalent pour les autres religions.
Derniers Commentaires