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Le blog du vieux singe

Marche des femmes pour la paix en Palestine

17 Octobre 2017 , Rédigé par Michel Servet

Il y a les communiqués béats, comme celui du MRAP, que je n'ai pas trouvé sur leur site, mais qui est envoyé à tous les abonnés :

Le MRAP salue la marche pour la paix des femmes palestiniennes et israéliennes

La marche de la paix des femmes israéliennes et palestiniennes s'est terminée ce dimanche 8 octobre à Jérusalem. Pendant 2 semaines 30 000 femmes ont marché à travers Israël et la Cisjordanie pour exiger un accord de paix, cette manifestation a été organisée par le mouvement "Women Wage Peace" ("Les femmes font la paix"). L'objectif, explique l'une des organisatrices Marie-Lyne Smadja, est de "faire entendre la voix de ces dizaines de milliers de femmes israéliennes juives et arabes, de gauche, centre et droite et de leurs partenaires palestiniennes, qui main dans la main ont pris ensemble cette route de la paix".

Le MRAP salue cette initiative courageuse de ces femmes dont beaucoup ont perdu un être cher et qui veulent pour leurs enfants un avenir de paix. Ces femmes ainsi que toutes celles et ceux qui en Israël et en Palestine luttent pour une paix juste et durable sont un immense  espoir. C'est aussi la meilleure réponse à ceux qui là-bas comme en France voudraient transformer l'occupation de la Palestine par Israël en un conflit « juifs-arabes ». Le MRAP est et sera toujours aux côtés de ces voix de la paix.

J'avais l'intention de commenter ce monument de naïveté, qui fait l'impasse sur les causes réelles du conflit et les moyens d'y remédier.

Il ne peut y avoir de paix que s'il y a fin de l'occupation, de la colonisation, le respect des droits des Palestiniens.

Mais l'UJFP l'a fait bien mieux que je ne le ferais :

« Déclarer la paix » ne suffit pas

lundi 16 octobre 2017 par le Bureau national de l’UJFP

La semaine dernière, des dizaines de milliers de femmes, trente mille environ, Israéliennes juives et Palestiniennes ont fait irruption dans Jérusalem, vêtues de blanc, main dans la main, à l’issu d’un « voyage vers la paix » de deux semaines.

L’image est idyllique. Dans un paysage israélien marqué par la banalisation des manifestations racistes, on ne peut que se réjouir lorsque des chants pour la coexistence se substituent aux appels au meurtre de masse (« mort aux Arabes ! ») scandés en toute impunité.

Mais la situation en Israël-Palestine peut-elle se résumer à cela, à un problème de vivre-ensemble entre deux communautés ? Bien sûr que non. Et affirmer le contraire ne peut qu’alimenter le statu quo, c’est à dire le maintien et la continuité de l’oppression des Palestinien-ne-s.

C’est au mouvement « Women Wage Peace » (les Femmes Déclarent la Paix) que l’on doit l’organisation de cette marche judéo-arabe, largement dominée par la composante juive, et ouverte aux hommes. Malgré des apparats honorables, sa philosophie est pour le moins discutable [1]. Elle pourrait se résumer ainsi : marchons, nous les femmes, pour que reprennent les négociations de paix. Réussissons là où les hommes ont lamentablement échoué. Déclarons la paix, car nous et nous seules sommes capables de donner la vie - le mot anglais « womb », que l’on peut traduire par ventre ou utérus, a été prononcé dans toutes les déclarations du mouvement -, nous saurons donc être raisonnables.

Les participantes palestiniennes, en acceptant de s’associer à des femmes israéliennes juives et de marcher avec elles pour la paix, ont fait preuve d’un remarquable courage. Il fallait résister contre les accusations de normalisation, et accepter les limites imposées par la direction de la marche. Que penser, par contre, de celles qui, alors même qu’elles appartiennent au groupe majoritaire d’une société coloniale, se sont refusées à évoquer l’occupation militaire des territoires palestiniens et la catastrophe de 1948 (la Nakba), pour ne pas « diviser » ? Comment espérer la paix tout en concourant à l’invisibilisation de ces injustices ? Il s’agit d’une vieille pratique de la gauche sioniste : la coexistence d’abord, la paix ensuite – et on verra pour la justice et le droit ! Quelle forme prendrait une paix qui ferait l’impasse sur l’analyse critique et les nécessaires transformations d’un système qui continue de déposséder les Palestinien-ne-s de leurs droits et de leur terre ? Serait-elle même souhaitable ?

L’UJFP n’a pas pour vocation de dicter les formes ou les finalités des luttes pour la justice et la dignité au Proche-Orient. Pourtant, nous nous devons de faire la lumière sur certaines illusions qui, si elles ne sont pas dissipées, risque d’affaiblir le mouvement de solidarité avec la Palestine. Cette marche du mouvement « Les Femmes Déclarent la Paix » en est une.

Le Bureau national de l’UJFP, le 16 octobre 2017

 

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