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Le blog du vieux singe

« Hitléro-trotskyste »

1 Juin 2017 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Histoire de France, #BHL

Personnellement, je pense que les militants trotskistes français ont fait à cette époque une énorme erreur de jugement. Mais les accuser de collision avec le nazisme est ignoble.

Également ignobles sont les accusations portées contre leurs héritiers actuels ou supposés tels.

Le mathématicien Michel Broué (par ailleurs président des Amis de Mediapart), l’enseignant Vincent Présumey et l'historien Benjamin Stora ont, tous trois, traversé l’histoire du trotskysme français, à des périodes et dans des circonstances variées. Dans cette mise au point, ils répondent à un texte du psychanalyste Jacques-Alain Miller, « Le bal des lepénotrotskistes », dont ils estiment qu’il recycle les pires calomnies staliniennes.

Lors de la récente élection présidentielle française, on a parfois mentionné Léon Trotsky et ses mises en gardes prémonitoires et pressantes contre la montée du nazisme. Il disait ce qu’était concrètement le fascisme (« s’il arrive au pouvoir, il passera comme un tank effroyable, sur vos crânes et vos échines »), mais aussi, dès 1938, il sonnait l’alarme, en des termes qui furent peu entendus, contre la terrible spécificité du nazisme : « Le nombre de pays qui expulsent les Juifs ne cesse de croître. Le nombre de pays capables de les accueillir diminue. En même temps la lutte ne fait que s’exacerber. Il est possible d’imaginer sans difficulté ce qui attend les Juifs dès le début de la future guerre mondiale. Mais, même sans guerre, le prochain développement de la réaction mondiale signifie presque avec certitude l’extermination physique des Juifs. (…) Le temps presse. Un jour, aujourd’hui, équivaut à un mois ou même à une année. Ce que tu fais, fais le vite ! »

En ces années-là, il était décidément « Minuit dans le siècle », comme l’écrivait Victor Serge. Car on sait aujourd’hui ce que fut, en parallèle des régimes fascistes, le stalinisme, ses avatars, ses agents, ses goulags, ses assassinats, ses mensonges, ses travestissements. Le stalinisme, dont certains disent qu’il fut au magnifique idéal socialiste ce que fut l’inquisition aux évangiles. Le stalinisme, dont la politique porte une lourde responsabilité dans l’accession au pouvoir des nazis. Dès le milieu des années trente, afin de déconsidérer son opposant le plus célèbre (Trotsky), le régime stalinien et ses relais dans le monde entier entreprennent d’imposer ce qu’on appellerait aujourd’hui des « éléments de langage » proprement ahurissants : L’Humanité ne parle désormais plus que des « hitléro-trotskystes ». L'apothéose est atteinte, à partir de 1936, avec les procès de Moscou où le procureur Vychinski parle des « bandits trotskystes, vulgaires mouchards et espions », et affirme que « le trotskysme contre-révolutionnaire est devenu depuis longtemps déjà le pire détachement d’avant-garde du fascisme international, converti en une des succursales des SS et de la Gestapo ». Il a fallu beaucoup de morts, de meurtres, et aussi d’enquêtes, de livres, de films (on songe à « L’Aveu » de Costa-Gavras), de congrès de partis communistes, une perestroïka et des murs qui tombent, pour que ces ignominies soient d’abord reconnues comme telles, puis presque oubliées aujourd’hui.

D’autant plus grande est notre surprise — et, pour être clairs, notre dégoût —, de voir réapparaitre ces horreurs, il y a quelques jours, dans une revue bon chic bon genre, La Règle du Jeu, sous l’intitulé Le bal des lepénotrotskistes et sous la plume de Jacques-Alain Miller (*). Cet article semble se prononcer en faveur d’un vote Macron pour faire barrage au Front National — ce qui fut, publiquement et clairement, notre position. Mais les déformations de sources y sont si nombreuses et les erreurs factuelles si grossières et si stupéfiantes que son honnêteté intellectuelle s'en trouve spectaculairement remise en cause.

La thèse centrale de ce texte de Jacques-Alain Miller peut être résumée comme suit.

1) C’est parce qu’il a été formé au « lepéno-trotskysme » que Jean-Luc Mélenchon n’a pas appelé à voter Macron au lendemain de premier tour. Or le « lepéno-trotskysme » est la résurgence contemporaine (donc sous forme de farce) de l’« hitléro-trotskysme », logiciel formateur de Pierre Lambert, le maitre de Mélenchon. Noter que, selon le même texte, « l’hitlérien Lambert » (sic) a aussi manipulé une autre « marionnette » (sic) que Mélenchon : Lionel Jospin.

2) « Le Parti communiste avait forgé l’expression de hitléro-trotskystes pour désigner les militants de la mouvance trotskyste ayant nui à la Résistance et collaboré avec l’Occupant et les nazis français. Pierre Lambert fut au nombre de ces hitléro-trotskystes stigmatisés par le Parti. »  

3) Pierre Lambert fut adhérent au mouvement collaborationniste de Marcel Déat, le Rassemblement national populaire, de 1941 à (au moins) 1944.

4) Les hitléro-trotskystes eurent à subir les rigueurs de l’épuration, suivies d’un long discrédit dans les partis de gauche. Ils se cachaient à juste titre car ils étaient honnis, car ils étaient les damnés de la gauche.

Bon… Reprenons calmement ces « thèses» (sic).

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