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Le blog du vieux singe

Le MRAP et Gilles-William Goldnadel

21 Janvier 2017 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #MRAP, #Racisme, #Israël et le sionisme, #Extrême-droite, #Islamophobie

Le 31 décembre 2016, les dates sont importantes, Gilles-William Goldnadel, avocat, président de l'association France-Israël, met en ligne le tweet suivant :

Le MRAP et Gilles-William Goldnadel

L'UJFP (Union juive française pour la paix) réagit le 8 janvier 2017.

Une tribune collective est publiée par le Bondyblog le 5 janvier 2017.

Le 5 janvier 2017, G-W Goldnadel persistait et publiait un nouveau tweet.

Le MRAP et Gilles-William Goldnadel

Qui est Gilles-William Goldnadel ?

Ce n'est pas un nouveau venu dans le débat politique. C'est un avocat, dans tous les sens du terme, de la politique israélienne de colonisation et de la dépossession des Palestiniens, il prône le rapprochement entre sionistes, organisations juives pro-israéliennes et l'extrême-droite « classique ».

Il a défendu l'identitaire alsacienne Anne Kling, obsédée par la LICRA et ce qu'elle représente selon elle (« La France licratisée ») contre cette même LICRA.

Il a défendu la journaliste italienne islamophobe Oriana Falacci.

Il a accepté de défendre le n° 2 du FN Florian Philippot « sans aucun état d'âme ».

Pour lui, il est important de défendre les « Blancs », dont les Juifs, contre leurs adversaires :

Le MRAP et Gilles-William Goldnadel

« au travers de la guerre des Six-Jours, de Mai 68, et des mouvements démographiques issus de l'immigration, je crois être passé, aux yeux de mes contemporains, du statut de métèque toléré à celui de Blanc détestable, avocat de la cause perdue de l'Occident. »

« C'est ainsi que, de manière clairement assumée, je soutiens que l'anti-gauchisme et l'anti-islamisme incarnent les humanismes obligés du XXIe siècle. »

« L'un des exemples les plus flagrants mais aussi dérisoires est la façon dont Besancenot regarde avec concupiscence les gros bataillons de l'islam, comme une sorte de lumpenprolétariat propre à être utilisé. Ce n'est pas un hasard s'il est capable de nous dire que l'on peut être sans contradiction féministe et voilée... »

« Nous voici infectés de cette grave maladie du racisme ordinaire, dont le racisme anti-Blancs, que nous nous sommes inoculé nous-mêmes. »

Et fort logiquement, il considère que l'antisémitisme de l'extrême-droite est résiduel et marginal.

« Je n’ai jamais nié l’antisémitisme venu de l’extrême droite, mais force est de constater qu’au grand dam des cerbères de gauche, il est résiduel depuis la Shoah et, en tout état de cause, infiniment moins violent que l’islamo-gauchisme. »

La voie est donc libre pour un renversement des alliances.

Une étude très référencée a été publiée à cette adresse :

http://generation-palestine.org/opinion/goldnadel-revelateur-des-liens-entre-les-cercles-pro-israeliens-et-lextreme-droite/

Le MRAP et Gilles-William Goldnadel.

C'est une longue histoire, notamment devant les tribunaux, mais pas toujours en face-à-face.

En 2003, le MRAP publie un rapport au style pamphlétaire « Racisme anti-arabes, nouvelles évolutions ». Le rapport qualifie souvent de « racisme anti-arabe » ce qui est en réalité de l'islamophobie (racisme anti-musulman), mais ce n'est pas pour cela qu'il fut critiqué. La critique fut judiciaire et se termina devant la Cour de cassation.

Mais pour bien comprendre, il faut avoir à l'esprit certaines distinctions et définitions. La loi de 1881 sur la liberté de la presse distingue injure et diffamation.

« X est une grosse merde » est une injure :

« « Toute expression outrageante, termes de mépris ou invective, qui ne renferme l'imputation d'aucun fait précis. Dans la mesure où elle n'est pas précédée de provocations, l'injure est un délit lorsqu'elle est publique, et une contravention lorsqu'elle n'est pas publique. »

« Y a tapé dans la caisse » est de la diffamation :

« Allégation ou imputation d'un fait, constitutive d'un délit ou d'une contravention selon son caractère public ou non, qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération d'une personne ou d'un corps constitué. »

Il ne faut pas confondre diffamation et calomnie. La calomnie est mensongère et est toujours condamnable.

La personne accusée de diffamation ne sera pas condamnée si elle apporte la preuve:

  • de la vérité de ses accusations

  • ou

  • de sa bonne foi (les conditions sont strictes).

Trois des personnes visées dans ce rapport, dont Gilles-William Goldnadel assignent le MRAP en justice pour diffamation publique et injures publiques.

Le 19 mai 2005, le TGI de Paris estime qu'il n'y a pas de passages injurieux concernant G-W. Goldnadel, mais qu'il y a un passage diffamatoire. Le MRAP apporte la preuve de sa bonne foi, mais se voit refuser le bénéfice de l'article 477 du code de procédure pénale1 (CPP).

M. Goldnadel fait appel le 26 mai 2005 et demande 250 000 euros de dommages-intérêts.

Le 6 juillet 2006, la Cour d'appel de Paris estime que :

accuser quelqu'un « d'arabophobie (= racisme) » est diffamatoire, que le MRAP n'apporte pas la preuve de la vérité des faits diffamatoires. Mais elle accorde le bénéfice de la bonne foi aux prévenus, certains des textes de Goldnadel pouvant être interprétés comme racistes et avoir « semé le trouble ».

Elle refuse le bénéfice de l'article 472 CPP au MRAP.

Me Goldnadel se pourvoit en cassation.

La Cour de cassation (qui ne juge que le droit, les faits étant jugés établis de façon définitive par le cour d'appel), confirme le 30 mai 2007 le jugement de la Cour d'appel de Paris.

Dans une autre affaire, la situation sera inverse :

Mouloud Aounit porte plainte contre Gilles-William Goldnadel, qui avait déclaré le 2 décembre 2005 au micro de Radio J:

« Peut-être auprès du MRAP, de Mouloud Aounit, l’ami de Ramadan, le compagnon de route des islamistes, celui qui va dans les manifestations où l’on crie « mort aux juifs ». ? » »

Le 14 janvier 2009, la Cour d'appel de Paris confirme le sens du jugement de 1ère instance et condamne M. Goldnadel à « payer 5000 euros à titre de dommages intérêts et 3000 euros au titre des frais de justice à Mouloud Aounit, membre du Collège de la Présidence du MRAP et a en outre ordonné la publication d’un communiqué judiciaire aux frais de Monsieur GOLDNADEL ».

Et puis, car il y a une suite, le MRAP et Gilles-William Goldnadel se retrouveront du même coté de la barre, au sens figuré, puis au sens propre.

Le congrès du MRAP de 2012 validera la notion de « racisme anti-blanc », ce qui sera contesté à l'intérieur et à l'extérieur du mouvement.

En 2014, une plainte est déposée contre deux militants BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) de Montpellier par la LDH (Ligue des droits de l'homme). Se joindront à cette plainte la LICRA, le BNVCA (Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme) de Sammy Ghozlan, « Avocat sans Frontières2 », « France-Israël » présidés par M. Goldnadel..

L'affaire est actuellement en appel, et l'avocat général a requis la nullité de la procédure.

Et aujourd'hui ?

Le MRAP a réagit le 17 janvier 2017 au tweet de Gilles-William Goldnadel, soit un peu plus tard que d'autres.

Comme les autres, et je le regrette, même s'il dénonce la stigmatisation des habitants de Seine-Saint-Denis, il ne démontre pas l'absurdité des propos.

Où est la barrière de séparation, qui tronçonne le territoire ?

Où sont les confiscations de terres, publiques et privées ?

Quelles sont les ressources en eau accaparées ?

Où sont les constructions illégales, au détriment des « indigènes » ?

Où sont les destructions des maisons, des vergers, de ce mêmes indigènes ?

Où sont les check-points ?

Etc.

Il y a aussi quelques erreurs :

Le tweet est daté du 31 janvier 2016, puis du 31 décembre (2016) qui est la bonne date.

Il est abusif de dire que Gilles-William Goldnadel a été débouté de sa plainte, le MRAP n'a pas été condamné, ce qui est différent.

Et un oubli :

Faire un parallèle entre Alain Soral et Gilles-William Goldnadel, pourquoi pas ? Mais connaissant ce dernier, pourquoi avoir décidé, non pas de porter plainte de manière séparée contre les militants BDS de Montpellier, mais de se porter partie civile, comme lui, dans une affaire engagée par d'autres ?

Une plainte autonome aurait évité de se retrouver dans la même salle d'audience et du même côté de la barre, sans préjuger de son bien-fondé.

1  Article 472

Dans le cas prévu par l'article 470, lorsque la partie civile a elle-même mis en mouvement l'action publique, le tribunal statue par le même jugement sur la demande en dommages-intérêts formée par la personne relaxée contre la partie civile pour abus de constitution de partie civile.

2 A ne pas confondre avec « Avocats sans frontières France ASF France », membre du réseau international ASF Network.

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