Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog du vieux singe

Michel Onfray : Penser l’islam sans le connaître (Julien Lacassagne)

21 Juin 2016 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Michel Onfray

Le tout nouveau livre de Michel Onfray, Penser l’islam , vient de paraître. Il est à placer dans la parentèle du dernier livre de Bernard-Henri Lévy , édité par la même maison Grasset qui semble se spécialiser dans la production de philosophes infatués. Arguant de la « nécessité de se remettre à penser », Onfray y laisse entendre que « ça pense » alors que ça ne pense manifestement pas des masses.

« Penser l’islam » sans connaître l’arabe

Le livre de Michel Onfray se compose essentiellement d’un entretien avec la journaliste Asma Kouar auquel s’ajoutent quelques billets proposés à la presse. Cet entretien est d’ailleurs parfois mal découpé, ce qui produit des effets comiques. A une question posée par son interlocutrice, Onfray répond : « Les historiens dont vous parlez peuvent dire ce qu’ils veulent … »[1]. Mais aucun historien n’est évoqué dans la question, pas plus que dans les précédentes. Onfray nous présente un islam hors-sol, dépourvu de toute histoire, qui ne serait inscrit dans aucun devenir et accessible par des traductions dont nous ne saurons pas grand-chose. Car le premier point qu’il faut aborder est celui de la méthode. De même que Bernard-Henri Lévy s’est dispensé de la peine d’apprendre l’hébreu afin de présenter un Esprit du judaïsme, Onfray se passe de la connaissance de l’arabe pour écrire son Penser l’islam. Imagine-t-on un instant un auteur étranger, quelle que soit sa discipline, écrire sur la culture française sans parler la langue d’Onfray ? On peut déceler au moins trois explications à ce défaut de polyglossie chez nos penseurs : Premièrement, on peut y reconnaître le legs de l’orgueil impérial et national qui juge superflu de maîtriser une autre langue que le français, langue à prétention universelle malgré son éclipse devant l’anglais, l’espagnol et … l’arabe. Quel digne représentant de la culture universelle française s’avilirait-il à apprendre l’hébreu ou l’arabe, langues des liturgies juive et musulmane ? C’est là l’héritage culturel de la francisation coloniale, sous une forme cadavérique : un assimilationnisme-zombie en somme. Deuxièmement, ce rapport à la langue a un lien avec le rapport aux sources. C’est un autre point commun du livre d’Onfray avec celui de BHL. Le livre ne contient aucune bibliographie, aucune source, aucune référence ne serait-ce par exemple aux traductions utilisées par l’auteur (à une exception près - p. 128-129 - où il se fend d’une brève comparaison de traductions peu convaincante). Troisième explication, qui n’exclut pas les précédentes : comme Bernard-Henri Lévy, Onfray n’a aucune hésitation à écrire sur un sujet qu’il ne maîtrise pas. C’est d’autant plus surprenant qu’il ne cesse de se targuer de sa minutie de lecteur. Intellectuellement, il se montre aussi vaniteux que brouillon, trop sûr de lui pour être rigoureux. Ce nietzschéen a oublié les mots de son maître pour qui « ce n’est pas le doute qui rend fou, ce sont les certitudes ». Onfray a toutefois ceci de distinct avec BHL qu’il conserve quelques scrupules. Il se sent obligé de légitimer son ignorance de l’arabe, ou tout au moins de la faire oublier en faisant dériver le regard ailleurs. Un peu vexé, il répond à Asma Kouar par une salve de questions : « Et que faites-vous des sourates intolérantes et belliqueuses ? Prétendez-vous que je les ai inventées ? Qu’elles ont été mal traduites ? Voire, je connais l’argument, il m’a été souvent servi, qu’elles ont été traduites et éditées, voire inventées, par des traducteurs et éditeurs sionistes ? »[2] Comment faire sérieux quand on n’y connait rien ? En ayant recours à la dénonciation du complotisme, face à une interlocutrice qu’on peut pourtant difficilement suspecter d’une telle dérive.

« Penser l’islam » sans connaître l’histoire

Lire la suite

Partager cet article

Commenter cet article