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Le blog du vieux singe

Pour comprendre la défaite idéologique de la gauche, il faut étudier la victoire culturelle de la droite

24 Octobre 2015 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Economie - société

Par Gaël Brustier

Chercheur en science politique

Sa bio, ses 34 articles

Retour sur la façon dont le néolibéralisme, attaqué de toutes parts aujourd’hui, a recueilli un large assentiment dans les années quatre-vingt. Un extrait de «À demain Gramsci», de Gaël Brustier.

Notre chroniqueur Gaël Brustier vient de publier, aux éditions Cerf, le livre À demain Gramsci, qui analyse la postérité des concepts forgés par le penseur italien Antonio Gramsci (1891-1937) dans notre vie politique contemporaine. Nous en republions ci-dessous un extrait, avec l'aimable autorisation de l'auteur et de l'éditeur.

Il est impossible de comprendre la défaite idéologique de la gauche sans étudier la victoire culturelle de la droite. Si le néolibéralisme est attaqué de toutes parts aujourd’hui, il ne faut pas oublier qu’il a aussi recueilli un large assentiment à une époque. Le slogan bien connu, «There is no alternative» («Il n’y a pas d’alternative»), devenu hymne des partisans de Margaret Thatcher, n’était pas si facile à imposer; et il fallut nombre de hérauts pour l’adapter et le rendre audible aux populations de toute l’Europe. Un bloc historique, certes imparfait, néanmoins compact, permit à cette idéologie de s’imposer à la fois comme système économique mais aussi, et peut-être surtout, comme système intellectuel et moral.

À partir de 1979 au Royaume-Uni, et de 1981 aux États-Unis, arrivent au pouvoir deux personnalités acquises aux idées néolibérales. Margaret Thatcher et Ronald Reagan, issus des franges droitières et initialement marginales de leurs partis respectifs, s’imposent comme leurs chefs et défient le modèle hérité de 1945. La force de Margaret Thatcher a été de croire aux idées. En cela, elle fut sans doute plus gramscienne que bien des leaders de la gauche. Ses maximes les plus célèbres –«La société n’existe pas», «L’argent public n’existe pas»– faisaient écho à une vision du monde cohérente et parfaitement pensée.

Son éminence grise, Sir Keith Joseph, structurait son action comme une véritable révolution de tous les aspects de la vie sociale, notamment la culture et l’idéologie. Irréductibles ennemis du marxisme, les amis de la Premier ministre britannique comprirent qu’il fallait, pour le défaire, à la fois une pensée sophistiquée, c’est-à-dire soutenue par des intellectuels de premier ordre, qu’on retrouve notamment dans la Société du Mont-Pèlerin[1], mais surtout capable d’imprégner ce que Gramsci appelait le «sens commun», autrement dit, l’univers des idées et des images acceptées par la masse. Dans son livre Le Marxisme de Marx, Raymond Aron explique que la force de l’œuvre de l’auteur de Das Kapital est de pouvoir être expliquée en «cinq minutes, en cinq heures, en cinq ans ou en un demi-siècle». C’est exactement ce que les néolibéraux tentèrent de faire de leur modèle de société.

Effondrement d'un modèle de société

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