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Le blog du vieux singe

Le MRAP attaque le PIR

7 Avril 2015 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #MRAP, #Racisme

Les communiqués du MRAP attaquent rarement nommément une organisation, et c'est le plus souvent une organisation d'extrême-droite.

Beaucoup de communiqués sont simplement authentifés "MRAP", sans formalisme particulier. Les déclarations officielles d'instances sont très rares : Conseil national, Bureau exécutif, présidence.

Ce communiqué est donc important :

à cause de la cible : un mouvement qui lutte contre le racisme

à cause de la solennité voulue, même si en principe le bureau exécutif doit se contenter d'exécuter et de rendre compte, et pas plus.

Ce communiqué a été envoyé à tous les abonnés à la liste de diffusion.

Texte intégral :

Déclaration du Bureau Exécutif du MRAP

« Non au philosémitisme d’État » : un slogan indigne !

 

Dans la manifestation contre le racisme qui s'est déroulée à Paris le 21 mars, un slogan est apparu « non au philosémitisme d’État ». Il dénature le combat antiraciste en l'inscrivant dans la concurrence des victimes.

Ce slogan figurant dans l'en-tête d'un tract reproduit sur le site du PIR (Parti des « Indigènes de la République ») établit une insupportable hiérarchisation des indignations selon que les victimes soient musulmanes ou juives.

Le MRAP déplore les insuffisantes mobilisations des représentants de l''Etat quand surviennent des actes anti-musulmans, anti-roms, anti-arabes, mais ne saurait tolérer une campagne indigne contre un « philosémitisme » supposé.

Le MRAP déplore la politique pro-israélienne de la France, mais il est inacceptable de passer ainsi d'une politique pro-isralienne à la notion à connotation antisémite d’État français pro-juif.

Ce slogan désigne les juifs comme les privilégiés de la République. Il alimente la thèse antisémite d'une mainmise de leur part sur l'appareil d’État et s'inscrit dans les fantasmes complotistes de Dieudonné, entre autres. A propos de l'humoriste antisémite, ce même parti politique écrit d'ailleurs ceci : « ce que voient les indigènes, c’est ça. Un homme debout. On a trop été contraints à dire « Oui Bwana, oui Bwana ». Quand Dieudonné se lève, il guérit une blessure identitaire.

Sur son site, le PIR entretient insidieusement la thèse d'un antisémitisme traditionnel d'extrême-droite  et d'un antisémitisme réactionnel qui serait dû aux privilèges dont bénéficient les juifs dans le traitement du racisme.

Les juifs deviennent alors les premiers responsables « de l’hostilité de la part des sujets post-coloniaux » à leur égard, car ils sont les « goumiers » de l'Occident « rendus complices de ses crimes comme à Gaza ».

Afin de mieux préciser encore la fonction des « goumiers », troupes supplétives indigènes au service de l'armée coloniale et  là où le MRAP voit avant tout des « oubliés de l’histoire », le PIR rapporte que les goumiers africains (« sénégalais » précise-t-il), furent des "sauvages", des violeurs, des massacreurs de populations arabes et en conclut « le parallèle avec les Juifs est édifiant. Les Juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe »

Survenant quelques semaines après le massacre de « juifs » dans l’épicerie Casher, trois ans après l’exécution d’enfants dans l'école juive de Toulouse, ces théories sur le « philosémitisme » indignent ceux se réclament de la lutte contre tous les racismes.

La lutte antiraciste ne peut s’accompagner de cette indécente hiérarchisation et opposition entre les victimes du racisme, ni de cette assignation des juifs au statut de « goumier »

Les actes islamophobes, les actes antisémites, la stigmatisation permanente des Roms, les discriminations qui perdurent et détruisent le tissu social, imposent plus que jamais une lutte contre tous les racismes qu'ils émanent ou non des institutions.

Pour le MRAP, il nous paraît ainsi essentiel de comprendre les ressorts inhérents à chaque forme de racisme, sans en oublier ou minimiser un seul, pour mieux le combattre.

 La lutte pour l'égalité des droits des minorités est essentielle, et elle doit être doublée par un travail constant de déconstruction des préjugés individuels tant par la culture que par l'éducation populaire.

 

Paris, le 7 avril 2015.

Voici maintenant le texte litigieux, dans sa version intégrale :

Non au(x) racisme(s) d’État, non au philosémitisme d’État !

Si la lutte contre le racisme, contre tous les racismes semble aller de soi et ne peut qu’entraîner l’adhésion de tous, le refrain connu : « halte au racisme et à l’antisémitisme » n’est pas sans nécessiter un certain nombre de remarques. 

En effet, le racisme n’est pas qu’une simple idée mais une réalité. Et celle-ci est organisée par les plus hautes sphères du pouvoir. Il existe en France un racisme structurel qui vise principalement les populations issues de l’histoire coloniale (les Afro-antillais, les Arabo-musulmans) et les Rroms. C’est un racisme qui émane des institutions (police, justice, éducation nationale) qui prend la forme de discriminations raciales parfois légales, parfois illégales et qui concerne l’ensemble de la société. 

Le problème se complique quand ce racisme d’État, loin de n’être qu’une politique mise en place par les structures de pouvoir dans la continuité des dispositifs coloniaux, rencontre un écho favorable dans certaines couches de la société issues du corps « légitime » de la nation. Celles-ci, loin de n’être qu’observatrices impassibles d’une situation non-désirée, peuvent être tentées au mieux de laisser faire, au pire de soutenir des pratiques d’État allant dans le sens de leurs privilèges. Si l’on ne veut pas que le slogan de « Halte au racisme » demeure un slogan creux, il est indispensable de prendre conscience de ce fait. Il en va ainsi de l’islamophobie qui s’inscrit dans continuité du vieux racisme anti-Arabe, qu’elle prolonge sans que celui-ci ne disparaisse. De même que les autres racismes anti-Rroms, anti-Noirs etc. Ceci est particulièrement patent dans le traitement des crimes policiers, dans la mise en place de mesures d’exception permettant la répression des musulmans de ce pays et la chasse aux Rroms.

Par ailleurs, il est vrai que persiste en France un antisémitisme traditionnel, alimenté par les officines d’extrême-droite. Mais il n’y a pas d’antisémitisme d’État. Les Juifs ne sont pas discriminés au logement ou au travail, ne sont pas harcelés par la police et ne subissent pas de propagande antisémite à grande échelle dans les grands médias nationaux.

Cependant, pour le PIR, les choses sont claires. Il y a une politique de l’État qui s’enracine dans l’histoire coloniale et qui est réactivée aujourd’hui en fonction des enjeux contemporains. Cette politique est basée sur un traitement privilégié dont bénéficie la répression de l’antisémitisme par rapport aux autres racismes. Cela contribue à creuser les oppositions entre les différentes composantes de la société française, désignant les Juifs à la vindicte des plus défavorisés dans la hiérarchie des racismes. Au bout de cette logique, on voit se profiler une offensive raciste contre les jeunes indigènes, les accusant d’être le vecteur d’un nouvel antisémitisme. On prétend se faire défenseurs des Juifs tout en se servant d’eux (avec la complicité de la majorité sioniste et/ou ultra-colonialiste dont le CRIF et l’UPJF) comme d’une batte de baseball pour frapper les Noirs et les Arabes.

Parce que la situation est grave, parce que les conflits intercommunautaires nous détruisent et nous détournent des objectifs essentiels qui sont les nôtres: la lutte contre les pratiques de l’État national républicain impérialiste qui font système, il est temps d’en finir avec tous les visages du racisme républicain dont l’islamophobie, la négrophobie, la rromophobie et cet étrange philosémitisme.

Pour toutes ces raisons, le PIR appelle à la manifestation « Ensemble contre tous les racismes et contre le fascisme » qui aura lieu le samedi 21 mars 2015, à 15h à Barbès.

Avec les appelants, nous exigeons aussi :

La fin des contrôles au faciès

L’arrêt des démantèlements de camps de Rroms

Le retrait des lois racistes dirigées contre les musulmans et notamment:

– L’abrogation de la loi sur le voile du 15 mars 2004

– L’abrogation de la circulaire Châtel

– L’annulation du projet d’interdiction du voile à l’université

– Le retrait du projet de loi contre les nounous voilées

L’arrêt de la criminalisation de l’expression pro-palestinienne

Le retrait des lois liberticides et sécuritaires, notamment celle du 13 novembre 2014

La régularisation de tous les sans-papiers avec une carte de séjour de 10 ans

La fermeture de Frontex, des centres de rétention

La liberté de circulation et d’installation et le droit de vote des étrangers.

 

Soyons nombreux !

 

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