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Le blog du vieux singe

Raison garder

11 Janvier 2015 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Islamophobie, #Racisme, #Charlie-Hebdo

Au-delà de l'horreur d'assassinats que rien ne justifie ni même n'excuse, il faut à tout prix « raison garder », se pas se limiter à l'expression de son dégoût, de sa condamnation, et ce, sans attendre.

Non, il n'y a pas un temps pour l'émotion et un temps pour la réflexion.

Dès que le massacre autour et dans les locaux de Charlie-Hebdo a été annoncé, et qu'on en a désigné les coupables présumés, je m'attendais au pire, et nous avons eu pire que le pire.

Un quotidien a titré que c'était notre 11 septembre. La comparaison est excessive, mais reste instructive.

Comment comparer les 17 morts, 17 morts de trop, des attentats, avec un mode opératoire hélas classique, de la semaine dernière, avec les 3 000 morts dans l'effondrement spectaculaire des tours jumelles.

Il aurait fallu dire aussi que dans certains pays (Irak, Nigeria, et tant d'autres), tous les jours s'appellent 11 septembre, et depuis longtemps.

Et dans les faits, la date la plus importante de ce début de siècle, ce n'est pas le 11 septembre 2001, mais le lendemain 12.

Car c'est à partir de cette date que le choix a été fait de ne pas prendre les décisions qui s'imposaient, mais d'autres.

Il n'y a eu aucune réflexion sur les dysfonctionnements graves des services de sécurité des États-Unis, et leurs responsables sont restés en place.

Il n'y a eu aucune réflexion sur les mauvais choix politiques, les erreurs stratégiques qui avaient conduit à la création de ce « monstre de Frankenstein » qu'était devenu Al-Quaïda.

Pire encore : deux interventions militaires ont été programmées, l'une en Afghanistan, pour « punir les Talibans », et l'autre en Irak, qui n'avait rien à voir avec les attentats.

L'intervention en Afghanistan a été menée de façon calamiteuse, et son succès militaire initial s'est mué en débâcle annoncée. La question n'est pas de savoir si les Talibans reviendront au pouvoir, mais quand et comment. Et, cerise sur le gâteau, il y a en prime des Talibans pakistanais.

Celle en Irak, sous des prétextes mensongers, a plongé ce pays dans le chaos, avec comme dernière conséquence (pour l'instant), l'émergence de Daesh.

Enfin, le gouvernement des États-Unis a profité de la sidération qui a suivi les attentats du 11 septembre pour faire voter le « Patriot Act », attentat majeur aux libertés individuelles.

Va-t-on revoir le même processus en France ?

Les discours du genre : « Nous sommes en guerre, il y aura un avant et un après, etc.. », ne laissent augurer rien de bon, si on analyse le précédent de 2001.

« Quand j'entends les talons qui claquent, j'entends les cerveaux qui se ferment », avait dit le futur maréchal Lyautey en 1896, et c'était loin d'être un gauchiste.

Effectivement, il y a déjà des voix pour demander le renforcement des mesures sécuritaires, voire liberticides, alors qu'il faudrait d’abord se demander pourquoi, comme dans l'affaire Merah, les services de sécurité ont été incapables d'empêcher des meurtres commis par des gens qu'ils connaissaient et savaient dangereux.

Certains commentaires de journalistes ou de politiciens sont sous-tendus par une logique communautariste, de l'assignation haineuse (Rioufol) à la muflerie (le journaliste qui a demandé au frère du policier assassiné ce qu'il pensait des caricatures de Charlie1), sans oublier l'éventuelle mythomanie2.

Ces attentats également servir de prétexte à un déferlement de haine raciste, et c'est déjà commencé. Quelles mesures seront prises pour les empêcher ou les sanctionner si on ne peut pas les empêcher ?

La liberté de la presse est une liberté fondamentale. Elle a un corollaire : la liberté du lecteur, qui a le droit de dire qu'il aime ou n'aime pas, et une limite : l'interdiction de l'injure et de la diffamation. Ceux qui ont critiqué la ligne éditoriale de Charlie-Hebdo, pour quelle raison que ce soit, à l'époque de Philippe Val, avant ou après, à tort ou a raison, avaient parfaitement de droit de le faire.

Je continuerai par exemple à dire que cette « Une » ci-dessous, par exemple, à propos de femmes violées, était de parfait mauvais goût, mais surtout sexiste et/ou raciste.

C'est abject de leur faire porter une quelconque part de responsabilité dans ce qui est arrivé.

Si demain, un attentat visait Minute ou Valeurs actuelles, que diront les mêmes ?

Enfin, tant qu'on opposera « nos valeurs » aux actes des autres, le débat sera biaisé et contre-productif. Parce que « nos valeurs », nous n'en parlons que quand ça nous arrange. Parlons de nos actes, de ceux de cette République et de ce gouvernement qui s'affirment exemplaires.

Et quelle crédibilité donner à une « marche nationale » ou participeront des gens qui n'aiment pas le liberté de la presse, ni la liberté tout court, sans parler des terroristes d'État ?

1 Si ce policier avait été assassiné en assurant le protection d'une personnalité politique, aurait-on demandé au frère s'il avait voté pour ou contre lui ? Non, bien sûr.

2 Jeannette Bougrab, qui s'est prévalu d'une relation particulière avec Charb, démentie par la famille. Elle a dit que c'était un « moine-soldat ». Templiers ou Teutoniques, je n'aime pas les moines-soldats.

22 octobre 2014

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