Dans “Le Monde” du 13 octobre, à propos de la campagne de Nicolas Sarkozy :
La nation, ensuite. Pour le ministre de l’intérieur, c’est d’abord la France. “Accueillante, mais qui ne veut pas qu’on s’installe chez elle sans respecter ses lois, ses moeurs, ses traditions, ses valeurs.” “Elle ne peut pas accepter le communautarisme, précise-t-il encore, elle ne veut pas de ceux qui ne la respectent pas, elle ne veut pas de ceux qui ne l’aiment pas. La France ne reniera pas non plus deux mille ans de chrétienté, deux mille ans d’héritage de valeurs spirituelles et de valeurs de civilisation.” Le passage le plus applaudi de son discours.
Ces propos sont infâmes… Pour éviter toute polémique inutile, je précise que j’ai reçu une éducation catholique intensive, et que, même si je me suis beaucoup éloigné, je n’ai pas d’animosité particulière pour les cathos, que mes rapports avec le catholicisme institutionnel français sont rarement conflictuels. Même chose pour les autres confessions chrétiennes. Inutile donc de me mettre sur le dos une étiquette de bouffeur de curés, de suppôt de Mahomet, etc.. Et j’aime mon pays, comme Jean Ferrat, j’ai aussi “ma France”, différente (un peu) de la sienne. Je préfère Henri Grégoire à Robespierre, par exemple…
Respecter ses lois: c’est une évidence, mais, même si le Décalogue a inspiré beaucoup de lois (ou divinisé les règles minimales du vivre ensemble : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas piquer la femme du voisin), il n’y a pas de rapport entre le christianisme et le fait de payer ses impôts, respecter le code de la route, celui du travail, etc..). Et heureusement, car sinon, tout mécréant ou hétérodoxe serait un délinquant en puissance.
Respecter les moeurs. Il y a des obligations légales, et pour le reste chacun fait comme il veut, tant que c’est légal et entre adultes consentants.
Respecter les traditions ? Pour un juriste, la tradition n’est que rarement source du droit. L’exemple le plus souvent donné est celui des corridas, et beaucoup contestent le respect de cette tradition-là. Les autres traditions peuvent être sympathiques, comme offrir du muguet le 1er mai, et je suis pour leur maintien. mais je ne peux pas obliger quelqu’un à la suivre.
D’autres le sont beaucoup moins : le bizutage, par exemple.
Nous avons en France des traditions, souvent locales. Qu’on les aime, qu’on les fasse vivre. Mais qu’on n’oblige personne à aller à la fête du boudin !!
Ses valeurs ? Je prends un exemple. Beaucoup de gens dans les pays du Sud sont horrifiés par notre pratique de la ségrégation selon les âges, notamment envers les personnes âgées : hospices mouroirs, rupture entre les générations.
Nos valeurs sont-elles toujours les meilleures ?
Et si certains n’aiment pas la France, se demande-t-on pourquoi ? Quelle image en ont-ils ? Le portier de discothèque qui leur refuse l’entrée, le patron qui a jeté leur CV de Bac+6 à la poubelle, le policier qui leur a demandé 10 fois leur papiers en les appelant par leur prénom ?
Quant à tous les ….. qui ont applaudit le passage sur les 2000 ans de chrétienté, de valeurs spirituelles et de civilisation, qu’ils aillent en discuter avec leur voisin juif qui sait que le bon roi Saint Louis a brûlé ses ancêtres, avec leur voisin athée qui sait qu’il ne peut s’afficher comme tel que depuis deux siècles, etc..
Et qu’ils retournent à l’école, ne serait-ce que pour apprendre que si Jésus est né il y a environ 2 000 ans, le christianisme est plus récent en France : Saint Martin et l’évangélisation des campagnes, c’est trois siècles plus tard.
Va-t-on rétablir le christianisme comme religion d’État ?





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