Le titre est de moi.
Liberté, liberté chérie….
La messe est dite, avant même que le rituel ait commencé !. Le président du groupe socialiste à
l’Assemblée Nationale, J.-M. Ayrault, l’a confirmé dans une interview à La Croix (2 juillet 2010) : « Je ne ferai pas obstacle au vote d’une loi interdisant le
voile intégral » titre le journal.
Autrement dit, les socialistes ne sont plus arc-boutés sur leur contre proposition d’une interdiction
relative.
Ayrault précise :
« Le gouvernement veut une loi qui s’étende à l’espace public en général. J’ai considéré qu’il fallait (…) avoir
une attitude responsable. Je ferai en sorte de ne pas faire obstacle au vote d’une loi, sinon les Français ne comprendraient pas notre position. »
Et il ajoute qu’il ne sait pas encore s’il va s’abstenir ou voter
pour.
Propos étranges : le fait qu’il envisage de s’abstenir, qu’il parle de
« ne pas faire obstacle », etc montre bien qu’il n’est pas véritablement partisan de la loi. Il s’y rallie pour ne pas susciter (selon lui) l’incompréhension des
Français.
Mais… comment les Français ne pourraient-ils pas comprendre si on ne leur
explique pas le pourquoi de ces réserves ?
(Précisons qu’en Commission les députés PS se sont abstenus)
Il me semble d’ailleurs que les dits Français sont beaucoup préoccupés par bien d’autres problèmes.
Bien sûr quand on médiatise le port du nicab, que l’on parle de « burqa », que l’on on met en scène, de façon démesurée, l’histoire de la conductrice en voile intégral, la majorité est,
je dirai, passivement favorable à la loi.
Passivement, car dés que les médias n’en parlent plus, ils ne s’intéressent
guère à ce problème marginal. Il n’y aurait pas eu, finalement, de dépôt d’un projet de loi et discussion de ce projet la semaine qui vient, aucun mouvement d’opinion ne les auraient
réclamés.
Et si on avait autant médiatisé (c’est dire si on avait fait un
feuilleton télévisuel, comme celui de la conductrice en nicab et de son mari) les oppositions des juristes, celle du Conseil
d’Etat,…. Cette opinion passive serait différente.
Mais quand le projet est passé en Commission, les médias n’ont plus parlé de cela. Et ils se sont focalisés sur le
contenu de l’interdiction, pas les attendus du projet.
Or c’est sur les attendus que le PS devrait se battre, parce qu’ils sont très révélateurs… et
inquiétants.
La notion « d’ordre public » est changée ; elle dépend
maintenant, dixit l’exposé des motifs, publiés par Le Figaro (14 mai 2010) de la manière, subjective, arbitraire, dont on comprend les « exigences fondamentales du ‘vivre
ensemble’ ».
Il est explicitement dit que l’on élargit la notion de l’ordre public, qu’on ne la limite plus à des éléments mesurables
ayant trait à la « tranquillité ou à la sécurité » (et le texte oublie le troisième motif : la salubrité publique !)
L’ordre public désormais permettra de « prohiber des comportements qui IRAIENT INDIRECTEMENT à l’encontre
du contrat social républicain »
Le conditionnel, qui montre qu’on peut se dispenser de preuves
avérées ; le « indirectement » qui permet une interprétation très large , tout cela dépasse de loin le problème du nicab.
De même, on fait référence à « nos concitoyens » qui « voient » dans le nicab un refus de l’égalité
homme-femme et une renonciation à (pour celles qui le portent) à « une part de leur dignité » de femme.
On peut être d’accord avec cette appréciation (même si, à mon sens, le problème est beaucoup plus complexe) et
refuser que ce qu’est supposé « voir » « nos concitoyens » soit source de loi.
Car là encore, c’est un raisonnement qui va très loin, et à un enjeu beaucoup plus général que le seul problème du
nicab.
Autrement dit, ce projet de loi est TOUT A FAIT CONGRUENT AVEC D’AUTRES PROJETS OU
MESURES PREVUES OU ADOPTEES DEPUIS TROIS ANS ;
Le Sens général est UN DEPLACEMENT CONSIDERABLE DU CURSEUR QUI SEPARE CE QUE L’ON
ACCORDE AUX LIBERTES PUBLIQUES ET CE QUE L’ON ACCORDE A L’ORDRE PUBLIC.
En outre, il faut rappeler que le projet de loi n'invoque pas la laïcité: autrement dit même le gouvernement
reconnaît qu'il est impossible d'interdire le nicab dans l'espace public, au nom de la laïcité: à dire et à redire, à chanter sur tous les tons car je rencontre chaque jour des personnes
qui sont persuadées que c'est en raison de la "défense de la laïcité" que ce projet de loi est déposé..
Enfin, ce projet de loi est anti-musulman : il comporte des
expressions comme « réclusion publique » (et non « réclusion »), et « coupé des autres tout en vivant au milieu d’eux » (et non pas simplement « coupé des
autres ») pour ne pas viser les religieux et religieuses catholiques ou d’autres
confessions.
Autrement dit : vous avez le droit à un engagement religieux radical, mais pas dans n’importe quelle
religion
Autrement dit : vous avez le droit à la réclusion, à vous couper des autres, mais alors vous devez le faire
totalement : cela montre que l’invocation des principes du « vivre ensemble » est, en fait, un prétexte.
Je suis persuadé que si des femmes et des hommes politiques avaient martelé cela depuis que ce projet est connu, une
bonne part de l’opinion l’aurait compris.
Plusieurs personnalités politiques m’ont dites qu’elles étaient réservés (ou hostiles) à la loi, mais que c’était une
position « incompréhensible » pour les Français.
Je pense qu’ils se trompent.
Affirmer haut et fort
-que, sous prétexte de nicab, ce gouvernement nous entube pour diminuer une fois de plus les libertés
publiques
-que ce gouvernement montre par ailleurs (et notamment –mais pas seulement- par le projet de loi sur le
mode d’élection des collectivités territoriales : j’ai été très surpris de constater à quel point cela était peu connu) fort peu soucieux de l’égalité femmes-hommes
-que la laïcité ne peut pas être invoquée
-qu’il y a une entourloupe et qu’en parlant de « réclusion publique », le gouvernement ne respecte pas
l’égalité entre religions,
Bref qu’on est en train de nous faire prendre des vessies pour des lanternes
Un tel propos n’est pas si incompréhensible que cela.
Et c’est un pente dangereuse, d’être ainsi obnubilé par ce qui serait incompréhensible ou
pas.
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