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Laïcité

Samedi 2 avril 2011 6 02 /04 /Avr /2011 20:32

Si, pour la plupart de nos concitoyens, la laïcité reste indissociable des principes sur lesquels se fonde la loi de 1905, nombreux sont aussi ceux qui la réduisent à une peau de chagrin pour lui enlever ce qui en faisait pourtant en partie la substance, à savoir le respect des religions, à la condition, naturellement, que celles-ci n'envahissent pas l'espace public, ni n'interfèrent dans le fonctionnement de l'Etat. Quant aux autres, en général à droite et à l'extrême droite, ils en font plutôt l'habillage présentable d'une croisade "républicaine" contre l'islam.

Le débat que l'UMP organise sur l'islam le 5 avril, et que certains, à l'intérieur de ce parti, préfèrent présenter comme un débat sur la laïcité, en dit long, à lui seul, sur l'état présent de notre société. Les tergiversations des uns, les nuances apportées par les autres n'y changent pas grand-chose. Tel est bien le couple infernal qui va occuper la France au fil des mois à venir.

 

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Par Michel Servet - Publié dans : Laïcité
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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 20:46

Blog de Jean Bauberot :

 

LAÏCITE POSITIVE OU CHRETIENTE POSITIVE?

La laïcité n’est pas un pigeon !

Vous connaissez le tour classique des magiciens : faire apparaître et disparaître à volonté un pigeon. Eh bien, c’est ce que tente de faire Sarkozy avec la laïcité.

Le jeu est très simple : Vous dites « islam » et la laïcité apparait et tente de vous pigeonner. Vous dites « catholicisme » et la laïcité-pigeon disparaît au profit d’un lapin appelé « laïcité positive ». Et cette laïcité positive tend de plus en plus à l’oxymore.

 

Reprenons les événements qui, sur la question de la laïcité, font l’actualité cette semaine :

(..)

 

Au moment où, depuis des semaines, on voit tous les jours des femmes portant foulard se battre pour la démocratie, voire mourir pour elle, tous les discours qui reliaient étroitement  foulard et intégrisme, ont montré leur inadéquation à la réalité. C’est même ce genre de stéréotypes qui a rendu  incapable de prévoir de tels soulèvements.

 

(..)

 

Blog d'Alain Gresh

 

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Cette vision d’une histoire multiséculaire et immuable est absurde. Notre vision de l’histoire a varié à chaque période, à chaque tournant. L’héritage juif de l’histoire de France n’est affirmé que récemment ; la vision de la révolution française a suscité et suscite encore bien des débats et des interprétations. Notre vision de Vercingétorix et celle imposée, pour des raisons politiques, par la IIIe République n’ont rien de commun.


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Stéphane Lavignotte

Le bêtisier de la laïcité (1) : «les prières de rue violent la loi de 1905»

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Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : "Article 10 - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi." La manifestation des opinions religieuses, c'est forcément dans l'espace public, si c'est moi dans mon salon tout seul devant ma glace, ça n'a pas besoin d'être protégé... Et tant que ça ne trouble par l'ordre public établi par la loi, ça va... On retrouve la loi de 1905.

Citation : "On ne peut pas embêter des hommes parce qu'ils font leur prière". Face à la démagogie anti-religieuse d'Emiles Combes, président du conseil, réaction de Bernard Lazare (1865-1903), critique littéraire et journaliste, juif et proche de l'anarchisme, ayant fait éclater l'affaire Dreyfus.

 

(..)

 

Par Michel Servet - Publié dans : Laïcité
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Dimanche 27 février 2011 7 27 /02 /Fév /2011 21:33

Les prières musulmanes publiques, dans la rue Myrha à Paris notamment, ont servi de prétexte à des discours plus ou moins fumeux et souvent lourds de sous-entendus racistes.


Dans le genre fumeux, l'auteur du site "Amitié entre les peuples" y va lui aussi de son couplet.  Voilà ce que donne la mise bout à bout de mots sans en maîtriser le sens.

"Pour le dire franchement, la gauche française habituée à une certaine sécularisation (ou laïcisation) de la vie religieuse qui autorisait certes de rares processions était gênée par ces prières massives et régulières dans quelques grandes villes."


Explication de texte :

La sécularisation est le fait d'abandonner toute réference religieuse dans l'organisation de la vie sociale. On dit par exemple que la fête de Noël est largement sécularisée, car beaucoup de gens la font sans aucune référence à la naissance du Christ. Le terme désigne aussi l'importation dans la vie religieuse de normes venues du monde "laïque", par exemple les méthodes de propagande des télévangélistes, qui ont été créées en dehors du monde religieux et s'y sont implantées.

La laïcisation concerne l'organisation des pouvoirs publics, la vie politique, les normes légales sans aucune référence religieuse et directives des Églises.

En France, la laïcisation a précédé la sécularisation. Ce peut être l'inverse dans d'autres pays. Mais par définition, une vie religieuse qui se sécularise n'est plus religieuse. Du vin sans raisin n'est pas du vin.

Et le fait d'abandonner toute référence religieuse dans les normes politiques ne conduit pas à l'interdiction des manifestations cultuelles publiques. Les maires qui ont cru après le vote de la loi de 1905 qu'ils pouvaient le faire se sont fait tacler par le Conseil d'État.


Parler de prières massives et régulières parce quelques centaines de personnes occupent la voie publique sans déclaration préalable pendant une heure chaque semaine en quelques endroits est un abus de langage.


Reste l'argument de l'occupation illicite du domaine public. Je rends hommage à tous ceux qui ont attendu que des musulmans prient dans la rue pour découvrir que le domaine public existait et qu'il fallait le respecter.

Comme chacun sait, toutes les terrasses de bistrots, tous les étals de marchands, toutes les atractions foraines sont installés dans le plus strict respect des règles de domanialité.

Comme chacun sait, il n'y a jamais eu de marinas construites "les pieds dans l'eau", c'est-à-dire sur le domaine public maritime, inaliénable et imprescriptible.

Et tous les promeneurs peuvent suivre le sentier du douanier le long du littoral, sans être génés par les clôtures des propriétés privées qui vont jusqu'au rivage... ou par des arrêtés municipaux de circonstance.

Et dans certains cas, les abus auraient pu être mortels : le camping de La Faute-sur-mer (Vendée), détruit pas la tempête Xynthia était construit illégalement sur le domaine public maritime. Heureusement, il était vide ce jour-là.

http://www.lafautesurmer.net/wp-content/uploads/2010/03/CampinOK.jpg

 

Alors, pourquoi tous ces militants laïques auto-proclamés ne sont-ils pas cohérents avec leurs principes: la laïcité est une belle cause, la défense de ce bien commun qu'est le domaine public aussi. Alors sus aux terrasses de bistrots illicites, cisaillons les clôtures abusives, etc..


Par Michel Servet - Publié dans : Laïcité
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Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 13:28

Il veut réglementer l'islam de France !!

 

Tant qu'il y est, il faudra qu'il s'intéresse au christianisme et interdise de chanter le Magnificat :
"Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles, il a comblé de bien les affamés et renvoyé les riches les mains vides" (Luc I 52,53), des fois que ça donne des idées aux Français.

Rappel à ce propos : c'est Charles Maurras qui félicitait l'Église catholique d'avoir "retiré du christianisme le venin du Magnificat"

Par Michel Servet - Publié dans : Laïcité
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Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 21:17
Par Michel Servet - Publié dans : Laïcité
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Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 05:57

Une fois de plus, une maman qui voulait participer à une sortie scolaire comme accompagnatrice s'est vu refuser sa participation au prétexte qu'elle portait le voile.

Pas un niqab ou quelque chose qui cachait le visage, ce qui aurait parfaitement justifié l'attitude de l'institutrice, qui ne peut courir le risque de voir M. ou Mme Chose se cacher le visage pour se faire passer pour Mme Truc.

Non, un foulard ou hidjab qui permet l'identification.

Cette affaire a été rapportée avec retard par Le Parisien du 5 février 2011 :

Les motivations de l'institutrice sont les suivantes :

 

« Elle nous a expliqué que la loi interdisait aux personnes portant un foulard de participer à ces sorties et que cette position rejoignait ses convictions personnelles », se souvient-elle. La jeune femme, qui a demandé en vain un rendez-vous à l’inspecteur de circonscription, affirme d’autant moins comprendre cette situation qu’elle a déjà participé à des sorties scolaires dans une autre école de Pantin où son second fils est scolarisé, et sans que cela pose le moindre problème. « En 2007, la question s’était déjà posée et, pour y répondre, l’inspection avait tout simplement décidé de ne plus faire appel à des accompagnateurs bénévoles, dénonce Michel Pryszlak, délégué FCPE. C’est pourtant un moyen formidable d’intégrer les parents dans la vie éducative. »

 

Or, cette position (l'interdiction) est contraire à celle de la HALDE :

 

Délibération relative à l’exclusion de mères d’élèves de la participation à des activités éducatives et/ou de l’encadrement de sorties scolaires en raison du port du foulard n° 2007-117 du 14/05/2007

 

Huit mères d’élèves sont exclues de la participation à des activités éducatives et/ou de l’encadrement de sorties scolaires en raison du port du foulard. La haute autorité rappelle que ni le principe de laïcité, ni celui de neutralité du service public ne s’opposent a priori à ce que des mères d’élèves portant le foulard collaborent, en leur qualité de parents, au service public de l’enseignement dans le cadre d’activités éducatives et de sorties scolaires, le refus de principe apparaissant susceptible de caractériser une discrimination dans l’accès à une activité bénévole fondée sur la religion. Elle recommande aux conseils d’école de revoir les règlements intérieurs applicables et/ou leur interprétation en ce sens et au ministre de l’Education nationale de prendre toute mesure pour garantir le respect du principe de non-discrimination religieuse selon les mêmes modalités sur l’ensemble du territoire.

Direction Juridique, HALDE - 14/05/2007


Beaucoup de choses s'expliquent quand on sait que la directrice de l'école aurait pris publiquement position et ès qualité sur ce sujet :

 

De plus, en exprimant ouvertement son opinion sur la question du voile, via des sites internet, elle enfreint sciemment le droit de réserve auquel sont tenus les fonctionnaires de l'Etat.

Incontestablement Madame Palacio ne semble pas en mesure de faire la part des choses entre ses ''convictions personnelles' et les exigences de sa fonction. Son attitude révèle qu'il existe, hélas, un risque que ses prises de positions administratives soient de moins en moins soumises aux obligations légales et de plus en plus dictées par son militantisme virulent, exprimé on ne plus clairement à travers ses discussions sur internet.


Effectivement, on trouve trace de ces positions sur Riposte "laïque" du 20 février 2008 :

 

Le motif serait le risque de prosélytisme. Pour avoir moi-même accompagné des collègiens de 5ème, je sais que c'est surtout un travail de surveillance et de sécurité. Je ne crois pas que voir une maman voilée ait jamais convaincu un enfant de se convertir à l'islam. Et aider des petits à traverser la rue, faire le serre-file n'est pas prêcher une religion. Certes, il y a un risque énorme : celui de comprendre que c'est une maman comme les autres ... C'est peut-être cela qui est grave.

 
Et s'il faut parler du danger de prosélytisme, regardons plutôt de ce coté :

http://www.miviludes.gouv.fr/Quelques-secteurs-a-risque?iddiv=3

 

 Les activités périscolaires, de vacances et de loisirs

Le soutien scolaire n’échappe pas à certaines formes de prosélytisme d’où la vigilance demandée aux responsables chargés d’organiser les activités autour de l’école. Il est généralement recommandé des références écrites et contrôlables aux intervenants extérieurs et aux organisateurs, dont l’intervention dans le cadre scolaire doit être autorisée par l’inspecteur d’académie, et est soumise, pour l’organisation des centres de vacances et de loisirs (CVL, CLSH), à la surveillance du préfet (direction départementale de la jeunesse et des sports). La charte de l’accompagnement scolaire représente une garantie lors de la signature de contrats éducatifs par exemple.
En cas de doute, il est toujours recommandé de se renseigner auprès de ces services de l’Etat dans les départements.

 

Et là, on a affaire à des gens habillés de façon la plus neutre possible.

 

L'UAM93 a saisi les autorités de tutelle, dont je ne comprends pas les tergiversations. Quant au MRAP, également saisi, j'attends de voir la conduite de la nouvelle direction.

Par Michel Servet - Publié dans : Laïcité
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Dimanche 30 janvier 2011 7 30 /01 /Jan /2011 22:41

 

dictionnaire-racisme Esther Benbassa a dirigé il y a un an, la publication d'un "Dictionnaire des racismes, de l'exclusion et des discriminations.Il s'agit d'un travail de synthèse de très grande qualité. De nombreuses entrées sont consacrées aux textes religieux, politiques et philosophiques qui traitent des discriminations, etc.. pour les louer ou pour les dénoncer.

Il est donc normal que soient évoqués, sur les 700 pages de l'ouvrage, la Bible (hébraïque), le Nouveau testament, le Coran (2 pages chacun), mais aussi Marx, Proudhon (qui voulait exterminer les juifs ou les renvoyer en Asie).

Alors, pourquoi donner la parole, sur plusieurs blogs, à un certain Jean-Jacques Lakrival, qui n'a lu (mal d'ailleurs) que l'article consacré au Coran. Alors que cet article explique "on pourrait à vrai dire faire là peu près le même procès à la Bible."

Cet article de Lakrival a été publié sur trois sites "amitié entre les peuples", Dazibaoueb (supprimé par le modérateur) et Mediapart (sans possibilité de commentaire).

Quant à l'article sur la misogynie, Lakrival fait un contresens en affirmant que l'article du dictionnaire accuse surtout les religions. Il y est dit, après avoir rappelé que les philosophes antiques étaient misogynes, que "les religions ne sont pas en reste". Nuance !!

Et si la Révolution française a laissé aux femmes moins de droits qu'elles n'en avaient sous l'Ancien régime, ce n'est sûrement pas par esprit religieux. Idem pour le droit de cuissage dans les entreprises, signalé.

En conclusion, un ouvrage qui vaut bien mieux que ces commentaires marqués par l'obsession des religions en général et de l'islam en particulier, au risque de contresens.

Par Michel Servet - Publié dans : Laïcité
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Mardi 28 décembre 2010 2 28 /12 /Déc /2010 12:00

De la rue où elles se prosternent à longueur d’années, faute de mieux, à l’arène publique où elles ont été soudainement projetées, électoralisme oblige, les prières collectives sont sur la sellette la plus inconfortable qui soit, au cœur d’un énième emballement politico-médiatique qui, comme à l’accoutumée, en a pris à son aise avec la réalité.

Condamnées à rester sur le seuil des mosquées, si le nombre de celles-ci ne croît pas sensiblement, et cheval de bataille de tous les Umpistes et Frontistes, ligués dans la stigmatisation facile et utile, ces prières musulmanes à ciel ouvert ont été clouées au pilori sans que le phénomène ne soit ni clairement explicité, ni réellement mesuré.

Un souci déontologique qui a animé Laurent Joffrin de Libération, dans son édito « Préjugés », à travers lequel il rétablit une vérité passée promptement à la trappe de tous les QG Lepéniste et Copéiste, ainsi que des médias qui ont pignon sur rue.

« Il existe des prières publiques dans une vingtaine d’endroits en France ; elles durent en général moins d’une heure, pas toutes les semaines ; les mosquées aux abords desquelles elles se produisent ne sont pas particulièrement intégristes, même s’il peut y avoir des intégristes parmi les fidèles ; ces prières sont le produit d’un manque de place dans les lieux de culte ; certains riverains se plaignent, surtout des restrictions de circulation, beaucoup d’autres n’y prêtent plus attention ; les musulmans ne goûtent guère l’exercice, qu’ils jugent peu digne de leur foi » met-il en relief.

Tout est dit. Il n’y a pas péril vert en la demeure, contrairement aux oiseaux de mauvais augure qui crient au feu dès qu’une élection se profile, en revanche la laïcité, elle, est bien en danger à force d’être dévoyée par les éternels pyromanes de la cohésion sociale.

Par Michel Servet - Publié dans : Laïcité
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Jeudi 23 décembre 2010 4 23 /12 /Déc /2010 06:00

J'en ai trouvé le texte intégral sur le site de l'Élysée. Il n'y a donc pas que les photos et vidéos de promo de Sarkozy.

J'en conseille la lecture à tous ceux qui se réclament de la laïcité, pour mieux dénoncer les fidèles d'une religion, qui peuvent en avoir parfois assez d'être dénigrés et de passer pour des sauvages.

C'est moi qui mets en gras certains passages :


Monsieur l'Instituteur,

L'année scolaire qui vient de s'ouvrir sera la seconde année d'application de la loi du 28 mars 1882. Je ne veux pas la laisser commencer sans vous adresser personnellement quelques recommandations qui sans doute ne vous paraîtront pas superflues après la première expérience que vous venez de faire du régime nouveau. Des diverses obligations qu'il vous impose, celle assurément qui vous tient le plus à cœur, celle qui vous apporte le plus lourd surcroît de travail et de souci, c'est la mission qui vous est confiée de donner à vos élèves l'éducation morale et l'instruction civique : vous me saurez gré de répondre à vos préoccupations en essayant de bien fixer le caractère et l'objet de ce nouvel enseignement et pour y mieux réussir vous me permettrez de me mettre un instant à votre place, afin de vous montrer par des exemples empruntés au détail même de vos fonctions comment vous pourrez remplir à cet égard tout votre devoir et rien que votre devoir.
Ferry1869.JPG La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d'une part, elle met en dehors du programme obligatoire l'enseignement de tout dogme particulier ; d'autre part, elle y place au premier rang l'enseignement moral et civique. L'instruction religieuse appartient aux familles et à l'Église, l'instruction morale à l'école. Le législateur n'a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l'école de l'Église, d'assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus : celui des croyances, qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances, qui sont communes et indispensables à tous, de l'aveu de tous. Mais il y a autre chose dans la loi du 28 mars : elle exprime la volonté de fonder chez nous une éducation nationale, et de la fonder sur les notions du devoir et du droit que le législateur n'hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer. Pour cette partie capitale de l'éducation, c'est sur vous, Monsieur, que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l'enseignement religieux, on n'a pas songé à vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l'instituteur, en même temps qu'il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celle du langage ou du calcul..En vous conférant de telles fonctions, le Parlement s'est-il trompé ? A-t-il trop présumé de vos forces, de votre bon vouloir, de votre compétence ? Assurément, il eût encouru ce reproche s'il avait imaginé de charger tout à coup quatre-vingt mille instituteurs et institutrices d'une sorte de cours ex professo sur les principes et les origines des fins dernières de la morale. Mais qui n'a jamais rien conçu de semblable ? Au lendemain même du vote de la loi, le Conseil supérieur de l'Instruction publique a pris soin de vous expliquer ce qu'on attendait de vous, et il l'a fait en des termes qui défient toute équivoque. Vous trouverez ci-inclus un exemplaire des programmes qu'il a approuvés et qui sont pour vous le plus précieux commentaire de la loi : je ne saurais trop vous recommander de les relire et de vous en inspirer. Vous y puiserez la réponse aux deux critiques opposées qui vous parviennent. Les uns vous disent : « Votre tâche d'éducateur moral est impossible à remplir. » Les autres : « Elle est banale et insignifiante ». C'est placer le but ou trop haut ou trop bas. Laissez-moi vous expliquer que la tâche n'est ni au-dessus de vos forces ni au-dessous de votre estime, qu'elle est très limitée et pourtant d'une très grande importance ; extrêmement simple mais extrêmement difficile.
J'ai dit que votre rôle, en matière d'éducation morale, est très limité. Vous n'avez à enseigner, à proprement parler, rien de nouveau, rien qui ne vous soit familier comme à tous les honnêtes gens. Et, quand on vous parle de mission et d'apostolat, vous n'allez pas vous méprendre : vous n'êtes point l'apôtre d'un nouvel Évangile : le législateur n'a voulu faire de vous ni un philosophe ni un théologien improvisé. Il ne vous demande rien qu'on ne puisse demander à tout homme de cœur et de sens. Il est impossible que vous voyiez chaque jour tous ces enfants qui se pressent autour de vous, écoutant vos leçons, observant votre conduite, s'inspirant de vos exemples, à l'âge où l'esprit s'éveille, où le cœur s'ouvre, où la mémoire s'enrichit, sans que l'idée vous vienne aussitôt de profiter de cette docilité, de cette confiance, pour leur transmettre, avec les connaissances scolaires proprement dites, les principes mêmes de la morale, j'entends simplement cette bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et mères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie, sans nous mettre en peine d'en discuter les bases philosophiques. Vous êtes l'auxiliaire et, à certains égards, le suppléant du père de famille : parlez donc à son enfant comme vous voudriez que l'on parlât au vôtre ; avec force et autorité, toutes les fois qu'il s'agit d'une vérité incontestée, d'un précepte de la morale commune ; avec la plus grande réserve, dès que vous risquez d'effleurer un sentiment religieux dont vous n'êtes pas juge.
Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu'où il vous est permis d'aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir. Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s'il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu'il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment : car ce que vous allez communiquer à l'enfant, ce n'est pas votre propre sagesse ; c'est la sagesse du genre humain, c'est une de ces idées d'ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l'humanité. Si étroit que vous semble peut-être un cercle d'action ainsi tracé, faites-vous un devoir d'honneur de n'en jamais sortir, restez en deçà de cette limite plutôt que vous exposer à la franchir : vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée, qui est la conscience de l'enfant. Mais une fois que vous vous êtes ainsi loyalement enfermé dans l'humble et sûre région de la morale usuelle, que vous demande-t- on ? Des discours ? Des dissertations savantes ? De brillants exposés, un docte enseignement ? Non ! La famille et la société vous demandent de les aider à bien élever leurs enfants, à en faire des honnêtes gens. C'est dire qu'elles attendent de vous non des paroles, mais des actes, non pas un enseignement de plus à inscrire au programme, mais un service tout pratique, que vous pouvez rendre au pays plutôt encore comme homme que comme professeur.
Il ne s'agit plus là d'une série de vérités à démontrer, mais, ce qui est tout autrement laborieux, d'une longue suite d'influences morales à exercer sur ces jeunes êtres, à force de patience, de fermeté, de douceur, d'élévation dans le caractère et de puissance persuasive. On a compté sur vous pour leur apprendre à bien vivre par la manière même dont vous vivrez avec eux et devant eux. On a osé prétendre pour vous que, d'ici à quelques générations, les habitudes et les idées des populations au milieu desquelles vous aurez exercé attesteront les bons effets de vos leçons de morale. Ce sera dans l'histoire un honneur particulier pour notre corps enseignant d'avoir mérité d'inspirer aux Chambres françaises cette opinion qu'il y a dans chaque instituteur, dans chaque institutrice, un auxiliaire naturel du progrès moral et social, une personne dont l'influence ne peut manquer, en quelque sorte, d'élever autour d'elle le niveau des mœurs. Ce rôle est assez beau pour que vous n'éprouviez nul besoin de l'agrandir. D'autres se chargeront plus tard d'achever l'œuvre que vous ébauchez dans l'enfant et d'ajouter à l'enseignement primaire de la morale un complément de culture philosophique ou religieuse. Pour vous, bornez-vous à l'office que la société vous assigne et qui a aussi sa noblesse : posez dans l'âme des enfants les premiers et solides fondements de la simple moralité.
Dans une telle œuvre, vous le savez, Monsieur, ce n'est pas avec des difficultés de théorie et de haute spéculation que vous avez à vous mesurer ; c'est avec des défauts, des vices, des préjugés grossiers. Ces défauts, il ne s'agit pas de les condamner - tout le monde ne les condamne-t-il pas ? - mais de les faire disparaître par une succession de petites victoires, obscurément remportées. Il ne suffit donc pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons ; il faut surtout que leur caractère s'en ressente : ce n'est donc pas dans l'école, c'est surtout hors de l'école qu'on pourra juger ce qu'a valu votre enseignement. Au reste, voulez-vous en juger par vous-même, dès à présent, et voir si votre enseignement est bien engagé dans cette voie, la seule bonne : examinez s'il a déjà conduit vos élèves à quelques réformes pratiques. Vous leur avez parlé, par exemple, du respect de la loi : si cette leçon ne les empêche pas, au sortir de la classe, de commettre une fraude, un acte, fût-il léger, de contrebande ou de braconnage, vous n'avez rien fait encore ; la leçon de morale n'a pas porté, ou bien vous leur avez expliqué ce que c'est que la justice et que la vérité : en sont-ils assez profondément pénétrés pour aimer mieux avouer une faute que de la dissimuler par un mensonge, pour se refuser à une indélicatesse ou à un passe-droit en leur faveur ?.Vous avez flétri l'égoïsme et fait l'éloge du dévouement : ont-ils, le moment d'après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu'à eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer. Et que ces rechutes ne vous découragent pas ! Ce n'est pas l'œuvre d'un jour de former ou de déformer une âme libre. Il y faut beaucoup de leçons sans doute, des lectures, des maximes écrites, copiées, lues et relues : mais il y faut surtout des exercices pratiques, des efforts, des actes, des habitudes. Les enfants ont, en morale, un apprentissage à faire, absolument comme pour la lecture ou le calcul. L'enfant qui sait reconnaître et assembler les lettres ne sait pas encore lire ; celui qui sait les tracer l'une après l'autre ne sait pas écrire. Que manque-t-il à l'un ou à l'autre ? La pratique, l'habitude, la facilité, la rapidité et la sûreté de l'exécution. De même, l'enfant qui répète les premiers préceptes d'instinct ; alors seulement, la morale aura passé de son esprit dans son cœur, et elle passera de là dans sa vie ; il ne pourra plus la désapprendre.
De ce caractère tout pratique de l'éducation morale à l'école primaire, il me semble facile de tirer les règles qui doivent vous guider dans le choix de vos moyens d'enseignement.
Une seule méthode vous permettra d'obtenir les résultats que nous souhaitons. C'est celle que le Conseil supérieur vous a recommandée : peu de formules, peu d'abstractions, beaucoup d'exemples et surtout d'exemples pris sur le vif de la réalité.
Ces leçons veulent un autre ton, une autre allure que tout le reste de la classe, je ne sais quoi de plus personnel de plus infime, de plus grave. Ce n'est pas le livre qui parle, ce n'est même plus le fonctionnaire ; c'est pour ainsi dire le père de famille, dans toute la sincérité de sa conviction et de son sentiment.
Est-ce à dire qu'on puisse vous demander de vous répandre en une sorte d'improvisation perpétuelle sans aliment et sans appui du dehors ? Personne n'y a songé et, bien loin de vous manquer, les secours extérieurs qui vous sont offerts ne peuvent vous embarrasser que par leur richesse et leur diversité. Des philosophes et des publicistes, dont quelques-uns comptent parmi les plus autorisés de notre temps et de notre pays, ont tenu à honneur de se faire vos collaborateurs : ils ont mis à votre disposition ce que leur doctrine a de plus pur et de plus élevé. Depuis quelques mois, nous voyons grossir presque de semaine en semaine le nombre des manuels d'instruction morale et civique. Rien ne prouve mieux le prix que l'opinion publique attache à l'établissement d'une forte culture morale par l'école primaire. L'enseignement laïque de la morale n'est donc estimé ni impossible ni inutile puisque la mesure décrétée par le législateur a éveillé aussitôt un si puissant écho dans le pays. C'est ici cependant qu'il importe de distinguer de plus près entre l'essentiel et l'accessoire, entre l'enseignement moral qui est obligatoire et les moyens d'enseignement qui ne le sont pas. Si quelques personnes peu au courant de la pédagogie moderne ont pu croire que nos livres scolaires d'instruction morale et civique allaient être une sorte de catéchisme nouveau, c'est là une erreur que ni vous ni vos collègues n'avez pu commettre. Vous savez trop bien que sous le régime de libre examen et de libre concurrence qui est le droit commun en matière de librairie classique, aucun livre ne vous arrive imposé par l'autorité universitaire.
Comme tous les ouvrages que vous employez et plus encore que tous les autres, le livre de morale est entre vos mains un auxiliaire et rien de plus, un instrument dont vous vous servez sans vous y asservir..Les familles se méprendraient sur le caractère de votre enseignement moral si elles pouvaient croire qu'il réside surtout dans l'usage exclusif d'un livre même excellent.
C'est à vous de mettre la vérité morale à la portée de toutes les intelligences, même de celles qui n'auraient pour suivre vos leçons le secours d'aucun manuel ; et ce sera le cas tout d'abord dans le cours élémentaire. Avec de tous jeunes enfants qui commencent seulement à lire, un manuel spécial de morale et d'instruction civique serait manifestement inutile. À ce premier degré, le Conseil supérieur vous recommande, de préférence à l'étude prématurée d'un traité quelconque, ces causeries familières dans la forme, substantielles au fond, ces explications à la suite des lectures et des leçons diverses, ces mille prétextes que vous offrent la classe et la vie de tous les jours pour exercer le sens moral de l'enfant.
Dans le cours moyen le manuel n'est autre chose qu'un livre de lecture qui s'ajoute à ceux que vous connaissez déjà. Là encore, le Conseil, loin de vous prescrire un enchaînement rigoureux de doctrines, a tenu à vous laisser libre de varier vos procédés d'enseignement : le livre n'intervient que pour vous fournir un choix tout fait de bons exemples, de sages maximes et de récits qui mettent la morale en action.
Enfin, dans le cours supérieur, le livre devient surtout un utile moyen de réviser, de fixer et de coordonner : c'est comme le recueil méthodique des principales idées qui doivent se graver dans l'esprit du jeune homme.
Mais, vous le voyez, à ces trois degrés ce qui importe, ce n'est pas l'action du livre, c'est la vôtre ; il ne faudrait pas que le livre vînt, en quelque sorte, s'interposer entre vos élèves et vous, refroidir votre parole, en émousser l'impression sur l'âme des élèves, vous réduire au rôle de simple répétiteur de la morale. Le livre est fait pour vous, et non vous pour le livre. Il est votre conseiller et votre guide, mais c'est vous qui devez rester le guide et le conseiller par excellence de vos élèves.
Pour vous donner tous les moyens de nourrir votre enseignement personnel de la substance des meilleurs ouvrages, sans que le hasard des circonstances vous entraîne exclusivement à tel ou tel manuel, je vous envoie la liste complète des traités d'instruction morale ou d'instruction civique qui ont été, cette année adoptés par les instituteurs dans les diverses académies ; la bibliothèque pédagogique du chef-lieu du canton les recevra du ministère, si elle ne les possède déjà et les mettra à votre disposition.
Cet examen fait, vous restez libre ou de prendre un de ses ouvrages pour en faire un des livres de lecture habituelle de la classe ; ou bien d'en employer concurremment plusieurs, tous pris, bien entendu, dans la liste générale ci-incluse ; ou bien encore vous pouvez vous réserver de choisir, vous-même, dans différents auteurs des extraits destinés à être lus, dictés, appris. Il est juste que vous ayez à cet égard autant de liberté que vous avez de responsabilité. Mais, quelque solution que vous préfériez, je ne saurais trop vous le redire, faites toujours bien comprendre que vous mettez votre amour-propre ou plutôt votre honneur, non pas à adopter tel ou tel livre, mais à faire pénétrer profondément dans les générations l'enseignement pratique des bonnes règles et des bons sentiments.
Il dépend de vous, Monsieur, j'en ai la certitude, de hâter par votre manière d'agir le moment où cet enseignement sera partout non seulement accepté mais apprécié, honoré, aimé comme il mérite de l'être. Les populations mêmes dont on a cherché à exciter les inquiétudes ne résisteront pas longtemps à l'expérience qui se fera sous leurs yeux. Quand elles vous auront vu à l'œuvre, quand elles reconnaîtront que vous n'avez d'autre arrière-pensée que de leur rendre leurs enfants plus instruits et meilleurs, quand elles remarqueront que vos leçons de morale commencent à produire de l'effet, que leurs enfants rapportent de votre classe de meilleures habitudes, des manières plus douces et plus respectueuses, plus de droiture, plus d'obéissance, plus de goût pour le travail, plus de soumission au devoir, enfin tous les signes d'une incessante amélioration morale, alors la cause de l'école laïque sera gagnée : le bon sens du père et le cœur de la mère ne s'y tromperont pas, et ils n'auront pas besoin qu'on leur apprenne ce qu'ils vous doivent d'estime, de confiance et de gratitude.
J'ai essayé de vous donner, Monsieur, une idée aussi précise que possible d'une partie de votre tâche qui est, à certains égards, nouvelle, qui de toutes est la plus délicate ; permettez-moi d'ajouter que c'est aussi celle qui vous laissera les plus intimes et les plus durables satisfactions. Je serais heureux si j'avais contribué par cette lettre à vous montrer toute l'importance qu'y attache le gouvernement de la République, et si je vous avais décidé à redoubler d'efforts pour préparer à notre pays une génération de bons citoyens.
Recevez, Monsieur l'Instituteur, l'expression de ma considération distinguée.

Par Michel Servet - Publié dans : Laïcité
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Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /Déc /2010 20:23

procession.jpgPendant les grandes querelles entre cléricaux et anti-cléricaux en France autour de 1900, de nombreux maires ont jugé bon d'interdire les processions religieuses ou la présence de prêtres dans les convois funéraires. La plupart des arrêtés municipaux ont été annulés par le Conseil d'État.

Synthèse de la jurisprudence à cette adresse:

http://histoire-sociale.univ-paris1.fr/Collo/laicite/Schwartz.pdf

Ceux qui veulent interdire les prières dans la rue devront potasser leurs textes.

 

Et aussi :

http://histoire-sociale.univ-paris1.fr/Collo/laicite/weil.pdf

Par Michel Servet - Publié dans : Laïcité - Communauté : les anti-capitalistes
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