Mercredi 3 novembre 2010
3
03
/11
/Nov
/2010
13:03
En 1983, l'écrivain israélien Amos Oz, considéré comme pacifiste, publie un recueil d'entretiens réalisés en 1982 et publiés dans le journal israélien Davar
avec des Israéliens, et aussi des Palestiniens. Ce recueil est traduit et publié en France en 1983. Parmi ceux-ci, un texte d'une violence inouïe, d'un personnage T. qui assume le terme de
"judéo-nazi", employé par Leibowitz.
Personne ne conteste la réalité de ces propos, ni le fait qu'ils ne sont pas ceux d'un cas isolé. Oz explique d'ailleurs que, si certains de ces lecteurs ont cru
que le personnage était inventé, d'autres lui ont écrit pour "exprimer leur accord total" avec T..
Beaucoup de militants de la cause palestinienne ou de causes moins avouables au nom de cette cause, se sont emparés de ce texte, pour l'attribuer à Ariel Sharon, et
en faire donc le fil conducteur de la politique des gouvernements Likoud et Kadima.
Effectivement, c'est à bon droit que l'auteur des propos revendique le terme de "judéo-nazi". Il se déclare prêt à employer vis-à-vis des Palestiniens des méthodes
comparables à celles des nazis. Il emploie également, pour désigner les juifs qui n'ont pas voulu s'installer en Israël, un terme traduit par l'éditeur français par "yid", terme injurieux
utilisé par les antisémites germanophones pour qualifier les juifs.
La question de savoir qui est réellement celui que l'édition française désigne par T est à mon avis secondaire, ce qui n'empêche pas de faire le point sur les
informations disponibles, pour savoir comment marche la machine à fantasmes
Oz présente ainsi son interlocuteur :
Installés, T. et moi, sur la
terrasse de son agréable maison villageoise, dans un moshav des plus aisés,
nous contemplons le spectacle d'un coucher de soleil flamboyant sur la crête des nuages, allumant a l’horizon des incendies incertains aux lueurs changeantes de feu, d’or, de mauve et de gris
chatoyant. Les orangeraies nous enveloppent de leurs senteurs lourdes et sensuelles. Nous sommes assis devant un café liégeois-maison servi dans de hauts verres fins. T., quinquagénaire dont le
nom s’est trouvé plus d'une fois mêlé à de glorieux épisodes, est un homme fort et lourd, vêtu d'un short, dont a peau a pris le hale métallique des blonds qui vivent sous le soleil. Il a étendu
ses jambes poilues devant lui et pose sur les accoudoirs de son siège ses mains noueuses semblables à deux bêtes de somme, énormes et lasses. Une cicatrice se devine à son cou. Tout en promenant
son regard sur son orangeraie et ses vergers qui s’étendent sur le flanc de la colline, il me dicte d'une voix posée, enrouée par la cigarette, l'essentiel de sa philosophie :
Ailleurs, il dit :
Et je vous l’ai déjà dit, le casier judiciaire, je suis
prêt à l’assumer avec Sharon, Begin et Rafoul’.
Interrogé plus tard sur l'identité de T. Amos Oz déclara que ce n'était pas Sharon et qu'il était mort. Il est aussi possible qu'il ait volontairement brouillé les
pistes en donnant une description inexacte du personnage. Rien ne permet aujourd'hui de dire que T. est plutôt X que Y. L'histoire de cette falsification est détaillée sur ce site.
Seul Oz connait donc la vérité et il l'emportera peut-être avec lui.
S'il y a eu falsification du nom de l'auteur, le texte existe réellement et les propos ont été tenus. Par analogie avec une affaire politico-policière qui avait
popularisé le terme de vrai-faux passeport, c'est-à-dire établi par une autorité légale (Vrai) à une fausse identité, on devrait parler d'un vrai-faux ou d'un faux-vrai (vrai document, faux
auteur).
Ce qui est important, c'est de savoir combien d'Israéliens pensent aujourd'hui la même chose que T. Et je crains, au vu des résultats électoraux, qu'il n'ait fait
beaucoup d'émules.
Enfin, cette falsification est-elle antisémite ? Est-ce antisémite d'attribuer à Ariel Sharon des propos racistes et haineux ? Pas plus que de critiquer, pour ce
qu'ils disent ou ce qu'ils font, tels ou tels dirigeants israéliens. Pas plus qu'il n'est anti-han de critiquer la politique du gouvernement chinois au Tibet.
Par contre, le texte, dans ses formulations, reprend, vis-à-vis des « yids » les poncifs antisémites européens.
Derniers Commentaires